Traversée Gibraltar-Lanzarote:
650 milles, 4 jours, 4 nuits

Bulle d'O sous voile plein vent arrière avec le génois “tangonné”

Bernadette et Jean Yves les tahitiens sur "Tigress" honorent notre départ de Gib à la corne de brume
Départ de Gibraltar pour Bobola


Samedi 27 Octobre


En mer au large du Maroc.
Vent force 6 de Nord Est – houle longue de Nord Est de +/- 4 mètres s’atténuant en soirée.
3 ris dans la GV (nous sommes encore très prudents), Génois en ciseau puis enroulé pendant la nuit
Vitesse moyenne : 8 nœuds avec des pointes à plus de 14 nœuds, puis 6 nœuds pendant la nuit.

Nous sommes partis à 09H30 ce matin en compagnie de Cholgas et Bobola sous un ciel très menaçant. Le passage de Gibraltar se fait dans une excitation bien réelle. D’un coté la côte espagnole, familière, l’Europe. De l’autre coté l’Afrique et sa magie. En face l’Océan.

Le vent est très raisonnable malgré les grains qui se succèdent. Nous n’avons pas eu d’accélération comme il arrive souvent dans ce passage et comme nous le redoutions un peu. Il est vrai que nous nous sommes bien préparés et avons beaucoup étudié la question météo pour que les conditions soient les plus favorables possibles.

Départ de Gib du “Blue Water Rally”, 20 mois autour du monde
Marina Bay et la piste de l'aeroport de Gibraltar juste derrière
Capitainerie de Marina Bay (Gibraltar)
Bye bye Gibraltar. En route vers l'Afrique

Le Queen Elisabeth II quittant gibraltar, avec en arrière plan les montagnes Africaines


Nous voilà donc en Atlantique.

La mer est immense. Des masses d’eau impressionnantes roulent sous Bulle d’O qui se sert bien de ses deux coques pour ne pas trop nous faire tanguer. Sympa Bulle d’O. A minuit, nous sommes à 105 Milles de Gibraltar. Tout l’équipage dort profondément. Le capitaine est de quart jusqu’à 04H00. Alexandra a terminé son quart courageusement à minuit. Nous avons passé un merveilleux moment à discuter tous les deux. Elle est radieuse et se plaît énormément dans cette aventure, ce qui n’était pas du tout évident au départ.
Max qui devait l’accompagner pendant son quart n’a pas trouvé la force de résister. Il est resté couché et reprend ses forces pour demain. La pêche l’attend. Le CNED aussi.
Sébastien s’est lui éclipsé le premier après dîner pour un repos bien mérité. Equipier de premier ordre, il est toujours présent dans les moments clefs, prêt à choquer, border ou barrer.  Son quart commence à 06H30 pour accompagner la fin du quart de Catherine.
Catherine commence le sien à 04H00. Son inquiétude en navigation dans les manœuvres, bien que toujours présente se tasse peu à peu. Elle prend beaucoup sur elle et fait des efforts importants pour ne pas nous le montrer et inquiéter le reste de l’équipage. Je l’adore !

Cholgas fait la course avec le soleil. Le premier arrivé aux Canaries se couche. Devinez qui a gagné...

Dimanche 28 Octobre


Changement d’heure, nous passons à TU +1
Nous sommes au large de Casablanca. Vent mollissant dans la journée à 10 nœuds, secteur Nord Est, puis forcissant dans la soirée et dans la nuit à 25 nœuds. Mer peu agitée à agitée même si la houle reste impressionnante et massive.
165 Milles parcourus dans les premières 24 heures.

Houle de l'Atlantique

Le Cned, c'est bien en navigation. N'est ce pas Maxime? !


La deuxième journée en mer est pour nous comme la dernière fois la plus dure. Pas encore complètement amarinés, nous peinons un peu à trouver notre rythme. Les enfants se mettent au cned avec une difficulté bien compréhensible. Alexandra est nauséeuse toute la journée. Je ne suis pas très brillant aussi. Il me manque un peu de sommeil et  j’accumule également un peu de pression due à cette première partie de notre transat.

Devant le vent qui faiblit, nous décidons de larguer les ris pour naviguer avec la GV dans sa totalité. Peu de temps après, je vois un truc tomber du mat. Grosse inquiétude. Ce truc est en fait un coulisseau du rail d’attache de la GV sur le mat. En gros, c’est un des 10 ou 15 supports de la GV sur le mât. Le raisonnement tilte alors immédiatement dans ma petite tête : si un lâche, pourquoi pas les autres ? Nous affalons alors la GV, nous enroulons le génois et mettons les moteurs afin d’évaluer la situation. Bilan pas très brillant mais rien de grave. Nous pouvons hisser à nouveau la GV avec 3 ris sans trop de risque. Il faudra réparer aux Canaries.

Du fait de toutes ces petites surprises, notre manière de naviguer évolue rapidement. Nous sommes beaucoup plus à l’écoute du bateau, des voiles, du vent, du ciel et de la mer. Plus concentrés et attentifs.

Nos copains Bobolas sont toujours dans notre sillage, à 15 milles derrière nous. Nous sommes en contact VHF régulièrement. Ils ont eu leur part de problèmes aussi avec leur chariot de GV explosé et un siège de barre emporté par une déferlante. Ca calme !

Nos rendez-vous de la mer :

  • 4 vacations radio par jour avec Cholgas et Bobola
  • Météo de RFI sur BLU à 11H40 TU.
A mon tour de grimper tout en haut. RAS, Tout va bien
Sébastien vérifie le gréement avant de prendre la mer. La manille de la drisse de Genaker sera reserrée
Haut du mat avec la drisse de GV en rouge et la balancine en bleu
Maxime grimpera lui aussi et s'arrêtera aux barres de flêche, ce qui est déjà très haut
Bulle d'O vu du haut du mat à Gibraltar. On peut distinguer nos nouveaux filets à l'avant

Lundi 29 Octobre

Troisième journée en mer en direction des Canaries.
Le baromètre monte à 1023 Mb contre 1018 quand nous sommes partis. Impec. Comme prévu, l’anticyclone prend bien sa place. Pas de dépression en vue. Le vent devrait rester établi au Nord Est aux alentours des 20 à 25 nœuds, soit 12 à 20 nœuds apparents.
Distance parcourue en 48 heures : 325 milles.

Le lever du jour est superbe et est de plus accompagné d’une horde de dauphins qui viennent nous saluer et nous suivent un long moment. Sauts, saltos, surfs dans les vagues et glissades dans les étraves nous réjouissent. Le spectacle est toujours aussi féerique.
Ce troisième jour en mer nous permet de trouver notre rythme. Chacun d’entre nous a assimilé physiquement l’horaire de ses quarts et nous sommes de ce fait beaucoup plus en forme et moins nauséeux. La journée est très belle, ensoleillée. La mer est agitée.
 
Nous avons perdu le contact VHF avec Cholgas et Bobola. Cholgas est devant. Bobola est lui loin derrière, obligé de tirer des bord afin d’éviter d’être ballotté par un vent trop arrière. Dur, dur d’être un héros en monocoque !

Quart du matin pour seb
Il n'est pas épanoui ce gamin?
Bulle d'O vent arrière, les voiles en ciseaux
Le capitaine tient bon la barre, Hisse et ho.

Alex et cath révisent leur météo. Alors, cette dorsale, elle donne quoi?

Mardi 30 Octobre

Quatrième journée en mer en direction des Canaries, cap 220°.
Le vent et la mer se sont levés. Le vent souffle à plus de 30 nœuds depuis le milieu de la nuit dernière et s’est maintenu à ce niveau toute la journée. La houle est légèrement de travers, de Nord Ouest, venant probablement d’une dépression en Atlantique Nord. Nous sommes toujours plein vent arrière avec 3 ris dans la GV et un génois à moitié enroulé et tangonné avec un barber holler pour le maintenir en ciseau.
Nous maintenons une vitesse de 7 à 10 nœuds, avec des pointes à plus de 14 nœuds. Le record est de 14,76 nœuds.

Nous avons finalement décidé de nous rendre directement sur Lanzarote et de skipper Graciosa.
Dommage pour cette petite île de rêve et son atmosphère présentée comme hors du temps. Hors du temps, nous ne le sommes pas tout à fait, même en cette année sabbatique, car nous souhaitons honorer notre RV à Dakar, le 12 Novembre avec l’association Voile Sans Frontières. Afin de ne pas trop traîner, nous filons donc sur Lanzorote pour une escale bien méritée. Nous repartirons ensuite sur Las Palmas récupérer la dynamo du générateur que Fischer Panda nous a expédiée. Nous avons chargé notre copain Guy de les relancer pendant notre navigation et assurer le suivi indispensable pour ce type d’opération.
L’absence de groupe nous à obligé à faire quelques heures de moteur tous les jours afin de recharger les batteries (ne pas descendre sous les 12V).
Notre consommation d’eau est très réduite. Les 800 Litres de nos réservoirs sont encore presque intacts. Non pas que nous ne nous lavions pas !, mais nous souhaitions mesurer notre consommation minimum en configuration de navigation. L’eau ne devrait donc pas être un problème pour la suite du programme. 

Petite déception au niveau de la pêche. Elle n’est pas fructueuse. Nos débuts prometteurs en méditerranée n’ont pas donné suite pour le moment. Nous mettons cela sur le compte d’une mer trop formée à ne pas mettre un thon dehors !

Notre alimentation n’est donc pas agrémentée de poisson. A midi, pizzas aux tomates fraîches. Ce soir, sauté de porc aux oignons, poivrons et soja accompagné de carottes et de riz. Il n’y a pas de mal à se soigner même en navigation.

Infos piquées à Jean François Deniaud dans son livre « La mer est ronde » recommandé à tous ceux qui aiment la mer (Merci pour ton conseil John) :
Question cuisson du riz, pas de cuisson à l’eau de mer, même mélangée à de l’eau douce. La mer est composée de bien autre chose que de l’eau et du sel (Chlorure de sodium, chlorure de magnésium, sulfate de magnésium, sulfate de calcium, sulfate de potassium, bromure de calcium…). La seule recette possible est de ne pas dépasser 1/3 d’eau de mer et de ne faire cuire que des aliments que l’on puisse peler par la suite. Donc pas de pâtes ni de riz.

Maxime profite d'une récré pour vérifier sa ligne de traîne
Le capitaine remonte une grosse prise ce matin: un superbe sac plastique
Fin de quart touchante entre Alexandra toque Jaune et Maxime casaque rouge
Etude de ce que va nous réserver l'arrivée
Arrivée sur Lanzarote...


Mercredi 31 Octobre


Arrivée à Lanzarote – Puerto Calero à 07H00.
650 milles parcourus 4 jours moins deux heures soit près de 7 nœuds de moyenne (pointe record la nuit dernière à 14,8 nœuds). 3 ris dans la GV et un génois partiellement enroulé pour la nuit. Vent toujours bien établi au NE, soufflant à 30 nœuds puis mollissant progressivement en arrivant au large de Graciosa. Forte houle de NW.

Nous sommes tous bien. Les quarts de nuit tournent à merveille. Chacun est concentré sur son rôle et est toujours prêt à en faire plus si nécessaire.

L’arrivée sur les Canaries au lever du jour est magique. La mer et le vent se calment progressivement. Bulle d’O en profite et fuse avec brio. Les Canaries se montrent à nous. Nous sentons l’odeur de la terre aride et brûlée de Lanzarote. Les volcans se dressent devant nous, contrastant avec la luxuriance des palmiers bordant la côte. Tout l’équipage dort. Nous vivons ce moment intensément avec Sébastien le lève tôt. Catherine est partie se coucher au petit matin, ayant donné beaucoup pour que le capitaine soit bien en forme pour effectuer les manœuvres à l’arrivée. Alexandra et Maxime sortiront leur tête de leur cabine une fois les amarres bien fixées avec un sourire radieux et un « on est arrivés ? » jovial.
Et je ne vous parle même pas du petit déj de ouf que nous avons pris tous ensemble sous le soleil de Puerto Calero ! Nous étions radieux, heureux et fiers de nous.

Petit dej de ouf après 4 jours de mer. Cela vaut bien un peu de confiture au cactus, voyons...
La star sur le chemin de la lavenderia