Traversée des Açores vers la Méditerranée
Sao Miguel - Gibraltar - Bandol


11 nuits en mer, 4 nuits à terre, 1928 milles

Bye Bye les Açores...



Samedi 19 Juillet

1er jour de traversée. Vent NNE 25 nœuds au départ, mollissant à 15 nœuds pendant la nuit et passant NE. Mer agitée, quelques grains.

La galère du près

Nous partons avec un vent un peu plus fort qu’annoncé, comme souvent d’ailleurs. 25 nœuds d’abord (effets de côtes) puis 18 à 20 nœuds réels au lieu des 12 nœuds prévus. Nous sommes au près avec la houle de face. Pas très cool pour le moment ! Les 3 enfants sont recroquevillés dans le cockpit, en regardant Sao Miguel s’éloigner. Nous bâclons une assiette de crudités avec un morceau de pain. L’appétit n’est jamais là quand ça brasse trop.

Le vent se stabilise une fois Sao Miguel dépassé. La navigation est malgré tout toujours aussi inconfortable. Trop de vent, trop de mer, trop vite. Quelle différence avec une allure au portant ! Bulle d’O justifie alors plus son appellation de Bulldozer. Il avance à vive allure, ne se souciant que peu de la houle pourtant de face.

Nous sommes tous équipés de nos vestes et pantalons de quart. Le vent est froid. Les quarts en maillot de bain sont bien loin. Cette nav est bien celle du retour, synonyme de fin du TDA. Nous n’avons pas envie de faire cette nav, pas envie de rentrer !



Départ des Açores:
On ressort vestes et pantalons de quart

Cath se protégeant de la brise marine



Dimanche 20 Juillet

2ème  jour de traversée. 183 milles réalisés la 1ère journée. Il reste 823 milles pour Gibraltar en route directe.
Vent NE 15 nœuds forcissant dans les grains. Mer agitée, houle qui passe de travers. Cap entre 95° et 140° en fonction du vent (très changeant). Ciel lourd d’épais nuages sombres. Horde de dauphins, un cargo à plus de 5 milles.

Un TDM après le TDA ?

La nuit dernière fut un peu fatigante, les grains se succédant les uns après les autres. Mouillé froid toute la nuit. Avec le vent qui mollit en journée, Bulle d’O ralentit un peu et surtout, se rend plus agréable à vivre.

00H00
Cette nuit ressemble beaucoup à la précédente. Je suis encore mouillé comme un canard dans mes vêtements de pluie. Le vent fait le yo-yo entre 10 et 25 nœuds en changeant de direction constamment. Cela ne fait pas nos affaires car nous ne pouvons pas tenir le cap direct sur Gibraltar. Alors nous descendons trop au sud en espérant que le vent adonnera d’ici peu. D’après les fichiers grib (météo glanée sur le web et compatible avec la cartographie électronique que l’on a à bord) et confirmé par Bernard à l’instant dans un SMS, cela devrait se produire d’ici 24 heures. Il le faut réellement car sinon, nous nous retrouverons à Madère qui n’est qu’à 300 milles au sud de notre position.

Nous pensons beaucoup à Olivier et Carmen sur Taugl, actuellement en Colombie. Nous les avons laissés à Tortuga (Vénézuela) avec beaucoup de tristesse. Ils ont depuis fait un petit bout de chemin : les Roques, les Aves, les îles ABC puis Carthagène (Colombie). Les San Blas sont leur prochaine destination. Mais peu importe les lieux, c’est leur mode de vie qui est intéressant. Un choix bien réfléchi qui les amène à parcourir le monde avec leurs deux enfants et leur bateau préhistorique si attachant.

Alors, les questions fusent : pourquoi une telle vie ou plutôt pourquoi pas ? Est-ce une fuite ou est-ce une soif de vivre, de découvrir, de profiter de la vie ? Est-ce viable sur plusieurs années ? Quid du retour, probablement la question la plus difficile à répondre?
Beaucoup de questions et quelques débuts de réponses. Nous avons expérimenté ce type de vie une petite année et nous avons tout aimé. La folle impression de vivre, d’aimer, de prendre le temps, de voir, d’écouter, de rêver, de goûter, d’avoir peur… Si loin d’une vie conventionnelle, costard cravate, métro boulot dodo !
Mais les craintes reviennent au galop : les enfants et leur adolescence, leurs études, le retour… Il faut aussi considérer cela, même si nos 3 mousses le réclament avec force, ce TDM.

La réponse de Carmen et olivier est claire : (Pris sur le blog de taugl).

« Quoi que vous puissiez faire en rêve, vous pouvez le commencer, la hardiesse porte elle-même le génie, le pouvoir et la magie. »


Enfin un beau coucher de soleil



Lundi 21 Juillet

3ème  jour de traversée. 154 milles réalisés la 2ème journée. Il reste 693 milles pour Gibraltar en route directe.
Vent NE 10 à 15 nœuds forcissant dans les grains (pendant la nuit dernière) passant NNE en début de nuit. Allure : au près serré avec GV et génois. Cap suivi : 120°  la journée puis 88° en début de nuit (direct sur Gibraltar). Mer agitée tournant peu agitée en journée. Ciel plutôt couvert, avec des nuages d’altitude. Baromètre stable à 1025 HP.

Le stress en navigation

La nuit dernière fut difficile, avec des conditions très changeantes, qui ont donc demandé toute notre attention. Le quart de Catherine fut particulièrement éprouvant entre 04H00 et 07H00. Le vent qui soudainement tombe complètement, faisant battre les voiles, ballottées par la houle, pour reprendre avec force une demi heure plus tard, en soufflant curieusement de Sud Est. Le bateau vire alors brutalement sous la pluie, le génois à contre et Catherine se débattant avec le génois dont l’écoute s’est bien entendu coincée dans un winch du pied de mât. La situation, bien que sans réel danger, n’en reste pas moins impressionnante pour Cath.

Mon stress est plus lié à des pépins techniques dont je ne mesure pas toujours le niveau de gravité. J’envisage probablement un peu trop rapidement le pire. La nuit dernière par exemple, je me retrouve avec les deux moteurs en panne. Catastrophe ! A l’approche de Gibraltar, Ce n’est pas terrible. Je me plonge dans le problème ce matin pour me rendre compte que le moteur tribord tourne normalement. Le bâbord nous joue bien cependant des mauvais tours (pour la première fois de notre TDA). L’inverseur semble refuser de faire son travail marche avant enclenchée: il laisse tourner l’hélice moteur éteint (alors qu’il devrait la mettre en drapeau) et surtout il refuse de la faire tourner moteur allumé ! Je m’enfonce donc dans les cales moteurs puis dans le manuel utilisateur Yanmar. Je vérifie le niveau d’huile Dextron (un peu de trop plein que je vidange par précaution) et j’actionne à la main la petite tirette en tout fond de cale pour enclencher la marche avant. Je réussis à bloquer l’hélice moteur éteint ce qui à le mérite de nous faire gagner un bon demi nœuds en vitesse et surtout quelques degrés bien précieux en cap. Le prochain test sera de faire la même opération, moteur allumé, pour voir si cela permet à l’hélice d’être entraînée par le moteur. Les problèmes se règlent pas à pas.

Nous avons tout de même quelques victoires à mettre à notre actif. Les deux hublots de survie sont maintenant parfaitement étanches. YES ! Après de nombreux essais, changements de joints, Sika par ci, Sika par là, vérification des rivets, nous avons réussi, un problème de moins à gérer pendant notre traversée. Je suis également ravi des travaux faits aux Açores. Le chauffe-eau ne fuit plus du tout et le générateur fonctionne à merveille.

Cette nuit est heureusement plus calme. Le vent se stabilise et passe enfin au Nord Nord Est et nous permet de prendre un cap direct pour Gibraltar, tout en étant au bon plein.


Préparation pour le quart de nuit,
Max enfile mon pantalon de quart



Mardi 22 Juillet

4ème  jour de traversée. 155 milles réalisés la 3ème journée. Il reste 554 milles pour Gibraltar en route directe.
Vent N à NNW 10 à 15 nœuds. Allure : de travers avec GV et génois, gennaker pendant la journée. Cap suivi : 88 (direct sur Gibraltar). Mer peu agitée. Beau temps. Baromètre 1023 HP.

Comment passer Gibraltar ?

Le vent est franchement passé Nord, avec même une pointe d’ouest. C’est vraiment le top. Bulle d’O en raffole et en profite pour aligner les milles, avec son gennaker déployé. Nous nous tournons alors vers la préparation du passage du détroit de Gibraltar : Les courants, les marées, les rails de cargos, les vents…Pas si simple d’autant que nous n’aurons pas franchement le choix. Il va falloir composer avec notre heure d’arrivée. Les vents sont prévus Ouest à partir du 25. C’est un très bon premier point. Ensuite, nous devrions arriver dans l’entrée du détroit en fin d’après midi et donc passer le détroit de nuit. C’est moins bien pour slalomer entre les cargos ! Le passage Ouest / Est  de Gib doit idéalement se faire à partir de la Pleine Mer (PM) moins deux heures pour passer le détroit en marée descendante et arriver de l’autre coté avant la PM + 4 heures.
Le 25, la PM est à 19H30. Nous nous fixons donc comme objectif d’être devant l’entrée du détroit deux heures avant. Nous aurons alors 6 heures pour franchir le détroit long d’un peu moins de 30 milles nautiques (et 8 milles de large).


Monocoque français croisé au milieu de l'Atlantique,
VHF éteinte!


 

Mercredi 23 Juillet

5ème  jour de traversée. 190 milles réalisés la 4ème journée. Il reste 392 milles pour Gibraltar en route directe.
Vent N à NNW 14 à 18 nœuds. Allure : de travers avec GV et génois. Cap suivi : 94° (direct sur Gibraltar). Mer peu agitée. Beau temps. Baromètre 1021 HP. Nombreux cargos croisés, dont un à moins d’un mille qui dévie sa route après le lui avoir demandé à la VHF.

Que fait-on de nos journées ?

Les journées passent toujours aussi vite en navigation. Nous essayons avec Catherine d’alterner les siestes en journée afin d’être bien réveillés pendant nos longs quarts de nuit. Nous gérons la fatigue sans grande difficulté de cette manière. Le reste du temps est occupé tout d’abord aux quelques inévitables manoeuvres (border, choquer, hisser le gennaker, enrouler le génois, prendre un ris, le relâcher…), puis à contempler la mer, le ciel, les nuages, le soleil, les oiseaux et les quelques animaux marins croisés (tortues régulièrement, dauphins, poissons volants…), à écouter le bateau, le vent, les vagues et aussi à se laisser aller à des parties de tarots endiablées que les enfants adorent. C’est aussi l’occasion de ne rien faire, sans scrupule, sans pression du temps qui passe, sans avoir à gérer d’agenda précis. Lire, rêver, penser, écrire…tant de choses que nous connaissions de notre enfance ou adolescence mais que nous avions oubliées.

Un gros calin à deux pourtant grands matelots

Alex et Max passent beaucoup de temps à dévorer leurs livres et maintenant les nôtres. Après avoir avalé Le Comte de Monte Cristo, Les yeux jaunes des crocodiles, La valse lente des tortues, L’élégance du hérisson, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, L’ombre du vent, Alex s’attaque maintenant au chef d’œuvre qu’est Alamut. Elle n’en délaisse pas moins les livres fantastiques pour ado du type Tara Duncan ou Azilis. Max vient lui juste de terminer les deux tomes du Comte de Monte Cristo qu’il a adorés et replonge maintenant dans Les mondes d’Ewilan (6 tomes). Sébastien lit de manière beaucoup plus modérée, il préfère les revues nautiques « Voiles et Voiliers », « Multicoque Mag » ou « Voiles Magazine ». Sa culture nautique est impressionnante.

Des parties de Tarot endiablées...

La gestion du stress de marin

Les « Eagle » sont arrivés aux Sables d’Olonne hier dans la nuit après une très longue et fatigante navigation depuis les Açores. Du près pendant plus de 10 jours, de la pluie, de la mer... Bref, tout ce que l’on souhaite éviter. Bravo à vous les aigles, reposez vous tout de même avant de vous précipiter à ranger et préparer le bateau pour les prochains proprios ! J’ai longuement eu Christian ce matin au téléphone satellite pour me rassurer sur un certain nombre de problèmes que nous rencontrons sur Bulle d’O (mon fameux stress !). Christian les a tous rencontrés également sur Eagle. Ouffff, trop rassurant ! Mon stress retombe. Le nouveau pépin de la nuit vient de l’étai de génois qui se déboîte (tubes emboîtés les uns aux autres). Pas de souci selon Christian, il a connu ça il y a quelques jours. Il faut choquer légèrement la drisse de génois afin de remboîter ces deux tubes quitte à avoir le génois peu étarqué. Opération réussie après une dizaine d’essais infructueux. Il nous faudra prévoir un stop à Gibraltar pour re-fixer les écrous adaptés.
Egalement sur les conseils de Christian, j’ai ensuite fait une vidange de l’huile d’inverseur bâbord, ce qui semble avoir réglé le problème (au moins temporairement). Super, le moteur marche ! Enorme soulagement. La journée va être belle.


Le haut de l'étai de génois qui se déboite.
Réparé dans la journée!



Jeudi 24 Juillet

6ème  jour de traversée. 196 milles réalisés la 6ème journée. Il  reste 222  milles pour Gibraltar en route directe.
Vent 10 à 15 nœuds pendant la journée forcissant à 25 nœuds en début de nuit. Temps très beau, mer peu agitée.
 

La valse lente des cargos

14H00 - Les conditions pour cette deuxième moitié de traversée sont parfaites. Le vent se tient impeccablement au NNW, sans jamais trop forcir, nous permettant d’avoir une allure agréable et rapide au portant. La mer est peu agitée, le ciel complètement bleu roi et la température se réchauffe franchement. Assez loin de la pluie et du vent rencontrés près des Açores. Les côtes portugaises ne sont maintenant plus qu’à 50 milles au Nord et Gibraltar se rapproche à grand pas. Les derniers milles de notre TDA dans l’Atlantique nous procurent bien sûr de la peine mais aussi et surtout une joie immense, celle d’avoir pu vivre cette année, dans cette immensité, dans cette grande bleue parfois un peu effrayante mais le plus souvent superbe.

Retour du grand beau temps en navigation

Plein pot, cap 97° sur Gibraltar

Bulle d'O à près de 9 noeuds de moyenne


23H00 - Le vent a sérieusement forcit depuis 20H00 passant à 25/30 nœuds. Je reste du coup avec Max et Alex pendant leur quart de début de nuit. Cath est partie se coucher à 21H00. Elle prend le relais à partir de 04H00.
Max est radieux et aime de plus en plus ces quarts de nuit. Il a une pêche d’enfer. Nous nous rappelons ensemble nos premières navigations, nos premiers quarts. Nous avons en effet parcouru un petit bout de chemin depuis et nous sommes tous bien amarinés. Alex regrette même de voir arriver Gibraltar. Trop tôt trouve-t-elle, après 6 jours de mer !
La valse lente des cargos a commencé. Un à bâbord, puis un en face, encore deux autres à tribord… Nous en avons en ce moment 5 autour de nous et nous sommes encore à 80 milles de Gib. Plus nous allons nous rapprocher du détroit, plus nous en croiserons. Alors vigilance accrue pendant nos quarts.

Dernier calin au soleil de l'Atlantique


La Balade de la mer salée

02H00 - Alexandra m’a accompagné cette nuit jusqu’à 02H00 du mat, trop contente (et réciproquement) de partager ces moments ensemble, dans la nuit. L’un contre l’autre sur le siège de barre, nous dressons un bilan de notre TDA et évoquons la suite. Alexoche revient à la charge et me demande pourquoi, si nous avons tous tant aimé cette année, pourquoi ne pas repartir pour un TDM. Alors, je me laisse entraîner à rêver à une nouvelle balade de la mer salée, au clair de lune.


Bulle d'O file sous bonne brise
(An: vent apparent, SP: vitesse)


Dernier coucher de soleil Atlantique, en arrivant à Gibraltar




Vendredi 25 Juillet

Arrivée à Gibraltar

Nous avons donc décidé de faire un court stop à Gibraltar pour re-fixer correctement l’étai du génois. Nous prévoyons une nuit de repos, un peu de bricolage, un peu d’internet pour récupérer les fichiers météos et nous repartons profiter du flux d’ouest en Méditerranée nous permettant de remonter sur les Baléares.

16H00 - Les montagnes marocaines et espagnoles sont en vues. La boucle est presque bouclée, nous revenons sur nos pas après 10 mois autour de l’Atlantique.

20H00 – Nous sommes dans le détroit, vent dans le dos, gennaker déployé. Les courants nous portent rapidement et nous filons à plus de 10 nœuds.

23H00 – Arrivée dans la baie d’Algeciras. Les vents tourbillonnent et nous devons emmagasiner le gennaker. Nous avançons péniblement sur un seul moteur. L’arrivée est interminable.

01H00 – Nous mouillons en face de la Linea de Conception, coté Espagnol. Nous sommes tous bien fatigués. Vite au lit !



Teeeeerrre...
Après 6 jours de mer, on aperçoit les montagnes espagnoles


Coucher de soleil - Tarifa, détroit de Gibraltar

 


Samedi 26 Juillet

Gibraltar au mouillage, côté espagnol (La Linea de Conception)

Nous avons un peu hésité à nous arrêter à Gibraltar, mais cette escale technique est une bonne chose.
Après plus de 6 jours de mer dont 3 jours assez éprouvants, Bulle d’O en a besoin. L’équipage est de plus tout de même un peu rincé et une bonne nuit au mouillage nous fera le plus grand bien. Le mouillage de La Linéa de Conception n’a pas changé (nous y avions passé 2 semaines l’année dernière). De nombreux bateaux de voyage viennent se poser et nous sympathisons rapidement avec nos voisins Eowyn (Patrick et Véronique) et Vanille (Tom et Nadine).

Les 2 objectifs prioritaires de la journée sont de remettre l’enrouleur de génois en état de fonctionnement et de prendre la météo pour notre remontée de la méditerranée.
Nous trouverons finalement les vis manquantes de l’enrouleur, non pas chez Sheppeard (Le shipchandler de Gib mais bien pauvrement achalandé) mais sur « Emilie » que nous retrouvons à Marina Bay avec plaisir. Séverine et Nicolas ont mis plus de 10 jours depuis les Açores sur leur Dufour 4800 avec plus de 5 jours au près serré. Coté génois, une inspection plus minutieuse en tête de mât nous montre que la voile a un peu souffert et qu’il aura besoin d’une bonne remise en état à l’arrivée en France (un peu déchirée au point d’amure)
Nous nous jetons ensuite sur les fichiers grib pour nous apercevoir que le flux d’ouest (indispensable pour remonter jusqu’aux Baléares) ne devrait durer que deux petits jours supplémentaires. Pas de quoi remonter jusqu’aux Baléares en direct. Trop dommage. Il va bien falloir rentrer tout de même !

Enfin, Patrick (Eowyn) me propose gentiment de passer la journée de demain avec moi pour déposer l’inverseur afin de voir ce qui ne va pas. Nous resterons donc demain ici et ne partirons que lundi matin, si tout va bien.


Seb en contrôle, en haut du bimini



Dimanche 27 Juillet

Gibraltar au mouillage, côté espagnol (La Linea de Conception)

Guidé par téléphone par Thierry (Altaïr 2 rencontré au Venez) depuis Gruissant (ou plutôt Saint Pierre), nous démontons avec Patrick l’inverseur bâbord véritable boite de vitesse du moteur. Après une longue journée de boulot, nous réussissons à remettre en fonctionnement aussi bien la marche avant que la marche arrière, pourtant un peu inespéré sans pièce détachée (il n’y a vraiment pas grand-chose à Gibraltar). Un immense merci aussi bien à Thierry qu’à Patrick qui nous permettent de repartir demain avec deux moteurs en état de fonctionnement. Nous en aurons très probablement besoin vu le flux d’Est / Nord est annoncé à partir de Mardi.

Nous sommes maintenant complètement tournés vers notre retour en France. Notre objectif est d’y arriver le plus tôt possible afin d’avoir un peu de temps pour débarquer nos affaires du bateau, organiser les visites de Bulle d’O (et oui, nous allons probablement nous en séparer !) et surtout nous préparer à la reprise.



La méditerranée et ses cargos



Lundi 28 Juillet

1er jour de mer. 145 Milles sur les 1ères 24 heures.
Vent 30 nœuds au départ puis mollissant progressivement en cours de journée pour atteindre 5 nœuds en milieu d’après midi. Mer belle, temps superbe mais très humide la nuit. Baromètre : 1014 hp

08H00 - Nous levons l’ancre, hissons la GV, tout est calme. Nous sortons de la baie d’Algeciras. Le vent forcit d’un seul coup à 30 nœuds. La mer bouillonne, les cargos, partout, tournent autour de nous. Nous prenons un ris, contournons le rocher immense et nous laissons glisser à 12 nœuds, vent arrière, poussés par un fort courant favorable.

17H00 – le vent a considérablement mollit. Nous affalons la GV, mettons un moteur en marche et déroulons le gennaker, la voile du petit temps par excellence. Nous avançons alors à 5,5 nœuds par 5 nœuds de vent apparent.

Le peu de vent nous fait un peu n’importe quoi. Un coup ouest, un coup Est, un peu de Sud puis un peu de Nord. Nous essayons de nous adapter un moment avec la GV et le gennaker mais devant tant d’instabilité, nous affalons tout et passons le reste de la nuit au moteur ;

Ces dernières journées de navigation nous semblent un peu longues. Heureusement, de nombreux dauphins nous accompagnent. Ils viennent se coller aux étraves et se laissent même caresser en nageant. Cela semble les amuser et du coup, ils nous suivent tout le temps que nous sommes penchés sur eux, à l’avant de Bulle d’O.

 


Nous contournons le rocher de Gibraltar,
le vent se lève soudainement à plus de 30 noeuds


La valse lente des cargos



Mardi 29 Juillet

2ème jour de mer.
Vent 15 nœuds NE. Mer agitée, houle courte de face. Beau temps. Baromètre : 1014 hp.
Cargos tout autour

Du vent dans le nez toute la journée et toute la nuit. A oublier, vite. La Méditerranée espagnole ne semble fréquentée que par d’immenses cargos ou ferries. Nous ne croisons qu’exceptionnellement une voile.

Nous décidons de faire une escale à Cartagena pour reposer l’équipage et faire un approvisionnement en produits frais. Nous devrions y arriver tôt demain matin.


Douche à l'eau de mer pour Max et Seb.
Bien pratique ces seaux!


Max...
...et Seb à la rencontre des dauphins qui se laissent caresser en navigation!

Les dauphins viennent à notre rencontre


Mercredi 30 Juillet

Arrivée à Cartagena à 06H00. Nuit à la marina

L’escale à Cartagena est très bénéfique. Elle nous permet de nous reposer et de refaire un petit approvisionnement en eau, diesel et produits frais. La marina est en centre ville, parfait pour profiter des quartiers sympas : petite glace pour supporter la chaleur étouffante de l’après midi, tapas le soir avec les enfants et une température redevenue supportable.

La météo nous annonce encore pas mal de vent non établi et surtout ne prévoit plus d’accélération en Nord Est comme il en était question il y a quelques jours. Nous décidons donc ce partir demain matin avec une route directe sur La Ciotat. Pas de stop aux Baléares malgré l’envie de revoir notre copain Robert à San Antonio sur l’île d’Ibiza.


Cartagena

Petite barque, toute toute petite

Cartagena et ses vestiges du passé

Sortie du port de Cartagena



Jeudi 31 Juillet

1ère nuit en mer entre Cartagena et La Ciotat. Vent variable 0 à 5 nœuds, mer belle, temps très chaud. Navigation d’abord avec GV et gennaker, aidé d’un moteur puis au moteur uniquement

Nous reprenons ce matin notre longue route vers le Sud de la France, portés par une petite brise. Nous évitons pour le moment ce que nous ne souhaitions pas renouveler : un vent et une houle de face.
Equipage en forme, moral bon sans être euphorique (c’est quand même la fin de notre TDA !), mer très belle, nav cool.

Notre atterrissage se fera finalement non pas à La Ciotat mais à Bandol. Le port de La Ciotat est tourné vers un festival qui bloque son vieux port pour quelques jours. Manou nous a donc trouvé une place dans le port voisin de Bandol.
 
Bernard nous envoie ce soir son dernier message avant son départ en vacances. Son support aura été pour nous 5 tellement sympa ! Depuis La Tortuga au Vénézuela, ses SMS nous auront renseignés, guidés et rassurés, toujours avec justesse et beaucoup d’attention. Merci encore Bernard et bonne vacances aux US, nous sommes impatients de pouvoir passer de bonnes soirées ensemble, entre marins nostalgiques !

De BVDB : « La nuit sera très calme, sans doute pas assez d’air pour avancer à la voile. Le vent ESE se fait attendre et sera là, d’après les fichiers, le 2 faiblard. Bascule le 3 NW 15 nœuds dans le golfe du Lion. Toujours ligne droite. Dernier message, demain décollage pour USA, on devrait être plus rapide pour traverser l’Atlantique. Je penserai bien à vous pour cette arrivée ; joie des retrouvailles mais beaucoup de nostalgie. Attention au boat blues. Faut pas réfléchir, on avance, on a des souvenirs plein la tête. Merci de m’avoir fait partager ces moments, bises à toute la famille et profitez de ces derniers quarts pour regarder les étoiles »

00H05 - Conversation VHF avec un voilier qui nous dépasse à 0,3 mille. Il nous a aperçu sur son radar et s’inquiète de notre cap.

02H40 – Nouveau voilier croisé, mais celui là à moins de 0,1 mille. Pas de réponse aux appels VHF malgré une route de collision évidente. Personne en veille, je me déroute.
Son écho radar n’est visible qu’à un mille. Les cargos nous voient-ils aussi mal ?

03H00- Il vaut mieux ne pas dormir à proximité des Baléares. 3ème , 4ème puis 5ème voilier qui croisent à moins de 0,5 mille en une demi heure. C’est la grande migration des Baléares vers Cartagena ? Aucun contact VHF malgré mes appels mais des routes qui laissent à penser qu’il y a bien un pilote à bord dans chacun d’eux.

Voici les enseignements tirés de toutes ces rencontres nocturnes :

  1. Bulle d’O est bien visible au radar (du moins par le 1er voilier croisé), au moins à 2 milles (pas forcément évident, Taugl par exemple ne nous repérait pas)
  2. Nous avons capté les échos radars des voiliers croisés dans un rayon de 1 et 4 milles (variable selon les bateaux), alors que leurs feux de navigation sont visibles de plus loin (par temps assez clair). Nous ne sommes donc probablement détectés au radar que tardivement par les cargos qui avancent eux à des vitesses bien supérieures 15/20 nœuds.
  3. Nous suivions le feu de mât du premier bateau, que nous pensions au loin. Son feu passait du rouge au vert sans que nous ne comprenions trop pourquoi. Il était en fait juste derrière nous avec un cap très similaire au nôtre. Obsédés que nous sommes par les cargos, nous pensions que ce navire se situait très loin derrière. Erreur d’appréciation de notre part !
  4. Les quarts actifs sont bien sûr indispensables.

 


Au loin, un paquebot, en route de collision

Il s'approche très vite
Attention aux erreurs d'appréciation...


Vendredi 01 Août

2ème nuit en mer entre Cartagena et Bandol. Vent variable 0 à 5 nœuds dans la journée puis NE 15 à 20 nœuds pendant la nuit.
Mer très belle, et très agitée la nuit. Navigation au moteur uniquement

La journée a été aussi calme que la nuit agitée. 15 à 20 nœuds dans le nez avec une mer cassante comme sait bien l’être la méditerranée, nous n’avons pas été gâtés pour une de nos dernières nuits de notre TDA. Nous laissons les Baléares sur notre tribord et entamons la dernière remontée vers la côte d’Azur.

La pêche a repris ses droits à bord de Bulle d’O avec un thon rouge de méditerranée de 75 cm bien dodu. Max et Seb nous offrent un large sourire de satisfaction.

Dernière prise, un Thon Méditérranée de 75 cm

Cap de palos


Samedi 02 Août

3ème nuit en mer entre Cartagena et Bandol. Vent NE entre 5 et 20 nœuds dans la journée puis passe NW 15 à 30 nœuds pendant la nuit.
Mer agitée. Navigation au moteur uniquement la journée et avec GV et génois la nuit

Nouvelle journée avec le vent et la houle de face. Devant ces conditions cassantes, nous hésitons à faire un stop à Majorque mais continuons sur les dires d’un bulletin météo (envoyé par Francky, et oui Bernard nous a laché pour profiter de ses vacancesJ) qui prévoie une bascule à l’W en fin de journée.

Le vent a enfin tourné au NW, 10, 15 puis bientôt 25 noeuds. Bulle d’O est ravi, GV arisée. Il avale la houle sereinement.


Une rencontre étonnante ou la gerbe de ce bateau est plus grande que le bateau lui même



Dernier coucher de soleil aux couleurs étonnantes