Traversée Tortuga - Saint-Martin
3 jours, 3 nuits, 513 Milles

Notre trajet depuis La barbade: environ 1200 milles

 

Samedi 24 mai

De Tortuga vers Saint-Martin, nuit en mer

Superstitieux ?

Debout ce matin à 05H00 pour notre départ vers Saint Martin. Encore un départ un samedi comme pour toutes nos grandes navigations (Gibraltar, Canaries, Cap vert). Deviendrions-nous superstitieux ? (la tradition marine veut que l’on ne prenne pas la mer un vendredi)
Le vent souffle à 14 nœuds mais est encore très Est. La petite bascule annoncée au Sud-Est ne s’est pas encore mise en place. Pas de problème. Nous décidons de ne pas nous précipiter pour partir car la navigation va probablement durer dans les 72 heures et nous ne souhaitons pas arriver de nuit à Saint-Martin. Alors petit dej first, tranquille.

08H00
Nous sommes partis à 07H30. Le vent souffle doucement à 12 nœuds, très Est, voir un peu ENE. Nous avançons avec un cap 20°, entre 5 et 6 nœuds. La mer est peu agitée avec cependant une houle de face un tout petit peu tapante. Notre départ s’est parfaitement déroulé, comme toujours depuis maintenant un bon moment (nous en sommes très fiers !). Nous sommes très bien synchronisés avec Sébastien au guindeau, Catherine rangeant la chaîne pendant que je suis à la Barre à hisser la GV et assurer que Bulle d’O reste bien face au vent. Sébastien est un équipier à part entière en mer comme au mouillage. Il s’est très rapidement intéressé à la nav puis à tout ce qui concerne l’entretien du bateau et de l’annexe. En navigation, il est toujours présent et surtout très fiable. Rien ne lui échappe : réglage des voiles, bout qui traîne, manille qui se desserre, poisson qui mord… Au mouillage, c’est lui le patron de l’annexe. Il la bichonne, la descend le matin, la remonte le soir, la lave, la regonfle quand nécessaire et puis bien sûr, il la pilote comme un vieux loup de mer.

10H30
Pêche
Nous venons de pêcher un Wahoo d’1m25, notre plus gros poisson pêché jusque là. Il nous aura fallu près de deux heures pour le sortir de l’eau, l’achever, lever les filets (ennnnoormes) et nettoyer le tout.

23H00
Début de mon quart. Je n’ai pas pu dormir avant, ou juste 20 minutes, car les conditions étaient un peu ardues pour le premier quart d’Alex et Max. Nous avons tout d’abord croisé un rail de cargos avec trois d’entre eux qui sont passés à +/- deux milles. Le vent a de plus fraîchi à 15 puis 20 nœuds depuis la tombée de la nuit (18H00) m’obligeant à prendre un ris il y a une heure. Je démarre donc mon quart avec un petit handicap de fatigue. Nous avançons bien au près, avec une mer qui s’est un peu levée et qui fait danser Bulle d’O de vague en vague.

02H00
Le vent s’est bien stabilisé et commence même à adonner (s’écarter un peu de notre trajectoire ce qui va nous permettre de mieux tenir notre cap). Des nuages pointent leur ombre dans le ciel, signe qu’il va nous falloir être attentifs à d’éventuels grains. On les avait complètement oublié ces grains.
Bulle d’O tient bien son rang. Il avance tel un Bulldozer dans un champ de patates. Juste l’étouffoir du moteur tribord qui a laché prise. Son copain de bâbord avait connu le même problème quelques jours avant notre départ, ce n’est donc finalement pas étonnant. Un peu de bricolage à Saint-Martin ?



Wahoo avec le poulpe bleu

Wahoo de 1m20 pêché en quittant La Tortuga



Dimanche 25 mai

De Tortuga vers Saint-Martin, nuit en mer

Test réussi pour Catherine

La nuit a été agitée. Le vent a campé autour des 20 nœuds avec une mer bien hachée rendant la position couchée dans les cabines plutôt sportive. Pour rendre notre traversée un peu plus épique, l’écoute bâbord de génois a soudainement cassé en pleine nuit, pendant le quart de Catherine. Petit test avant la transat pour Cath, parfaitement réussi. Elle nous enroule le génois qui bat autant que possible avec 25 nœuds de vent apparent et vient me chercher avec un « Bertrand chéri, l’écoute de génois a cassé ». Pas de problème, je venais tout juste de m’endormir après 4 heures de quart! Une heure après, au prix de quelques acrobaties sur le trampoline pour défaire l’écoute malade, la couper, la remettre en place avec un noeud de chaise des familles, tout rentre dans l’ordre. Le jour s’est déjà levé, je vais pouvoir me jeter dans notre cabine.

Repos de l'équipe de quart du matin


Duo de pagre et de wahoo, pagre grillé aux oignons et poivrons, sashimi de wahoo, wahoo à la tahïtienne, wahoo à la provençale (le préféré de l’équipage)… Nos repas sont tous poissons en ce moment sans que nous n’en soyons encore lassés.

Coté navigation, le vent a enfin bien adonné en fin de matinée. Nous sommes maintenant au travers et avons même sorti le gennaker. Bulle d’O file alors à 8 nœuds de moyenne avec un vent autour de 16 nœuds. Pas mal. L’allure est beaucoup plus confortable que celle de cette nuit.

23H30
La nuit, le vent, la mer, la température, tout est doux et calme cette nuit. Quel contraste avec celle d’hier. Je peux m’asseoir tranquillement au poste de barre et profiter de ce moment privilégié. Alexandra a eu par contre beaucoup de mal à me réveiller pour me laisser son quart. Elle n’ose tellement pas me brusquer que je reste dans un sommeil profond pendant de longues minutes et dois aller chercher loin l’énergie pour me lever.

En préparation de la transat retour, nous échangeons de nombreux messages avec Bernard, notre routeur pour l’occasion. Nous testons sur ce petit parcours notre mode de fonctionnement. Tout est parfait, nous sommes pleinement alignés. Bernard sent parfaitement les choses, il les a vécu lui-même et on le sent passionné. C’est en tous cas très sympa pour nous en plus d’être très rassurant.
Exemple de mail, reçu hier en SMS sur notre iridium : «De Bernard VDB. Bien reçu votre email. Demain vent plein Est 10 à 15 nds, forcissant ponctuellement 15 à 20 nds, surtout le 26. Ça devrait être tranquille. Bonne nav »
 


Ecoute de génois qui nous a lâchés



Lundi 26 mai

De Tortuga vers Saint-Martin, troisième journée en mer et troisième nuit. Arrivée à Saint Martin dans la baie de Marigot à 04H30.

14H00
Pendant qu’Alexandra et Maxime sont dans leurs livres fantastiques (Le Monde d’Ewilan), Sébastien bouquine un hors série de Voiles et Voiliers et s’extasie sur la façon dont on entretient un moteur hors bord.

Salon de lecture sur le poste de barre

 


Y a de la casse !

La dernière journée aura été très sportive.

Tout d’abord, le point de fixation de la drisse de gennaker casse par 15 nœuds de vent. Nous avons la chance de pouvoir l’enrouler en toute urgence, sans le voir s’effondrer. Nous l’affalons pour constater que la cadène s’est arrachée du haut du mât, avec ses 4 vis. Pas de mal, mais il faudra réparer à Saint-Martin (notre liste s’allonge).

Vent Apparent: 14,7 noeuds; Vitesse: 9,16 noeuds


Ensuite, nous prenons un effet venturi à l’approche de St Kitt avec un bon 35 nœuds réel et une mer qui se lève soudainement.
Nous réduisons immédiatement la GV (3 ris) et enroulons largement le génois. Bulle d’O fonce alors à 9 nœuds, sans sourciller.
A peine Saint Kitt dépassé, nous essuyons 3 grains successifs, qui vont nous pousser gaiement jusqu’à Saint-Martin avec un vent passant de 10 nœuds à 35 nœuds puis se stabilisant à 25 nœuds sous une pluie battante. Sportive l’arrivée ! Sébastien vient nous rejoindre à deux heures du mat (deux heures avant l’arrivée à sa demande), pour vivre le final et participer aux manœuvres.
Nous faisons donc tomber l’ancre à 04H30 dans la baie de Marigot.
Le moteur tribord semble nous jouer un drôle de tour avec le compte tour qui tombe en panne et un voyant rouge de batterie qui s’allume de manière désagréable. Nous verrons tout ça demain, le jour se lève, il faut aller dormir.


Check-up à l'arrivée