Vénézuela
Los Testigos

Retour de pêche, toujours suivi d'une horde d'oiseaux



Dimanche 09 Mars

De Grenade aux Testigos – Vénézuela. 88 milles

Navigation

04h00
Debout à 03H30, nous levons l’ancre à 04H00 comme convenu avec Eagle. Prickly Bay est calme dans la nuit étoilée. Pour la première fois depuis que nous sommes ici, le vent ne souffle pas du tout. Nous hissons la GV et partons encore un peu ensommeillés. Alex et max dorment encore. Seb et Catherine ont tenu à être de la partie.

11H30
Le vent ne s’est pas levé. Il fait un soleil de plomb et une chaleur torride. Nous avons rapidement affalé la GV et hissé le gennaker pour essayer de capter le moindre brin d’air. Nous avançons tout de même avec un des deux moteurs (2000 tours) pour maintenir une vitesse de 7 nœuds et arriver avant la nuit. Nous allons préparer notre déjeuner dominical à base de salade et crudités achetées hier à Grenade.
Eagle a pêché un Barracuda assez rapidement ce matin. Nous sommes pour le moment bredouille. Ça ne devrait pas durer !

14H00
Toujours pas de vent (2 nœuds de vent apparent). La chaleur est intense. Nous profitons de la beauté de la mer. Nous venons de croiser un banc de dauphins qui nous a accompagnés pendant quelques milles.
Alex et Max ont fini leur CNED. Sébastien révise son espagnol, motivé de pouvoir l’utiliser dans quelques heures. Il nous reste un peu plus de vingt milles à parcourir et apercevons au loin la première île des Testigos.

18H00
Nous sommes arrivés. Les îles sont magnifiques. Des milliers d’oiseaux semblent avoir pris possession des moins habitées. Nous mouillons en face d’une plage de sable blanc, bordée de palmiers et de cactus. Les enfants sont déjà à l’eau. Max et Seb sont allés voir l’ancre pour garantir qu’elle s’est bien positionnée dans le sable. Alexandra est allée rejoindre Lucie (Eagle). On va préparer l’apéro, tranquillement.



Los testigos, les îles témoins

Testigo Grande

Plage de Punta Tamarindo sur Testigo Grande


Lundi 10 Mars

Los Testigos – Vénézuela

Découverte

LES TESTIGOS, ce sont cinq îles isolées du reste du monde. Pas de port ni d’aéroport, pas de route ni voiture dans les îles, pas de passage en dehors des quelques voiliers comme les nôtres, pas de téléphone portable. Des pêcheurs. Uniquement des pécheurs. 160 habitants en tout. Cet isolement excite notre curiosité. Nous voulons nous rendre compte et voir cela.
 

Isabelle et Catherine, parées pour une balade

Cath parlant à la VHF aux enfants “Cnedant” à bord


Les deux îles habitées se font face : Isla Iguana Grande (où se trouvent un village, la Guardia civil et une petite chapelle), et Testigo Grande.
Nous nous rendons ce matin sur Iguana Grande en annexe, pour faire notre déclaration d’arrivée au Vénézuela. De très jeunes militaires nous accueillent et nous accordent un droit de séjour de 7 jours après une petite négociation sur la durée (nous n’avions droit qu’à trois jours). Ils nous confirment bien qu’il n‘y a aucune liaison entre ces îles et le reste du monde. Seuls quelques bateaux viennent de Margarita de temps en temps pour faire les relèves des 9 militaires présents sur l’île.


Nous faisons ensuite le tour des quelques maisons de pêcheurs, le long de la plage. Un groupe de pêcheurs est occupé à dépecer des requins. Ils ne semblent intéressés que par les dents et les ailerons. Les corps sans têtes sont laissés sur le bord de la plage, ballottés par les vagues. Les bouteilles de rhum sont présentes partout (il est 10H00 du mat) probablement pour leur faire oublier leur isolement. Dans un sceau à coté, un iguane est ligoté, pieds et mains attachés, prêt à être grillé. Quelques pêcheurs nous demandent de les prendre en photos. Avec plaisir Messieurs ! L’accueil est cependant et étonnamment plutôt indifférent. Nos présences ne dérangent pas mais ne suscitent pas de curiosité de leur part. Nous y mettons pourtant beaucoup de cœur afin de favoriser les discussions. Rien n’y fait. Nous réessayerons demain.

L’après midi est consacrée à une petite balade sur Testigo Grande où nous gravissons la dune de sable qui traverse l’île. La marche se fait dans le sable, entre les cactus. Le site est merveilleusement beau et sauvage.

 


Restes de requins, dépecés de leur gueule, de leurs ailerons et queues

Aileron de requin à la main

Gueules de requins



Mardi 11 Mars

Los Testigos – Vénézuela

Découverte

Premier contact sympa et authentique avec les pêcheurs. Nous leur rendons visite sur leur bateau, ancré non loin du nôtre. Six hommes nous accueillent avec le sourire. Ils viennent de Margarita et vont rester une dizaine de jours dans les parages. Du poisson, ils en ont plein leur coffre. Que voulez vous ? Ils nous énumèrent à la volée un tas de noms inconnus pour nous. Pas de problème, ils ouvrent leur large coffre et laissent tomber deux thons et deux pagres en échange de quelques dollars et paquets de cigarettes. Le deal paraît leur convenir parfaitement. Nous restons avec eux une bonne heure. Ils nous offrent du café et nous préparent les poissons (écaillés, vidés et prédécoupés en darnes).

Nous voilà parés pour un barbecue prometteur ce soir sur la plage, chez Chon-Chon, le personnage des Testigos bien connu de tous les navigateurs.

Bâteaux de pêche de Margarita en escale aux Testigos

Pêche à la sardine au filet

Casiers à langoustes

Village d’Iguana


Chon Chon (Conception pour son vrai nom) habite au bord de la plage, dans une petite cabane. Au milieu trône un hamac. Et puis deux tables en plastique, quelques chaises branlantes, une télé ! Pas de mur, juste quelques toiles tirées pour se protéger du vent sous un toit en tôle ondulée. Le tout a cependant de la gueule, ou plutôt du cachet.

L’accueil de Chon chon est chaleureux. Son regard illumine son visage caché par une barbe naissante et un chapeau de cow-boy bien ancré sur sa tête. L’homme a de l’allure, du charisme et ne porte pas ses 70 ans. Il aime parler, en espagnol, avec quelques mots bien placés de français. Il nous parle de Jacques Brel de Patrick Tabarly, de Florence Arthaud qui se sont arrêtés chez lui. Les poissons grillent tranquillement sur le feu de bois, le vin est bien frais, les enfants se sont installés un peu plus loin sur la plage et se sont allumés leur propre feu. La soirée est animée et se terminera bien tard au son de sa petite guitare.
Chon chon, un personnage que l’on aime.

 


BBQ avec chez Chon Chon
Pas de mur, juste quelques toiles tirées pour se protéger du vent sous un toit en tôle ondulée
Chon Chon avec Catherine, Pierette et Isabelle
Chon Chon en fin de soirée


Mercredi 12 Mars

Los Testigos – Vénézuela

Le temps d'une rencontre

Nous sommes invités ce soir à prendre l’apéro chez Pierrette et Jean-Marie avec qui nous avions passé la soirée chez Chon Chon. Jean Marie a revendu ses entreprises qu’il avait lui-même créés il y a près de quarante ans. Il navigue depuis quelques années, depuis qu’il a décidé de lever le pied. Ils ont déjà a leur actif des traversées inouïes : quatre transats, l’Amérique centrale,  Panama, le Pacifique, l’Australie, Tonga et les Fidji et c’est bien loin d’être terminé. Ils naviguent tous les deux sur un Amel 54, ketch impressionnant de technologie et de luxe, et qu’ils manoeuvrent parfaitement tous les deux.
Chapeau pour votre dynamisme et votre enthousiasme !
 


Bulle d'o et Eagle avec Carré d'As derrière (Amel 54)



Jeudi 13 Mars

Los Testigos – Vénézuela

Le temps des rencontres

Notre mouillage, devant la langue de sable qui relie Testigo Grande et Testigo Pequeno, est unique et magnifique. D’un coté la plage au vent a la mer agitée et de l’autre, juste derrière, celle sous le vent où tout est calme. Les îles ne sont ici séparées que d’une dizaine de mètres par cette toute petite presqu’île de sable fin.

Les enfants sur la langue de sable reliant Testigo Grande à Testigo Pequeno

Au pied de cet endroit magique habitent Mariano, Graveria, sa femme et Inoris leur fils. Mariano et Graveria ont près de 65 ans et ont avec leur fils, tous les trois un sourire extra. Pêcheurs bien sûr, ils ont en tout et pour tout, une petite maison aux murs roses dominant la mer et une barque amarrée en bas, près de la plage. Pas d’eau courante, un peu d’électricité fournie par un ridicule groupe diesel qui fait un bruit de camion déréglé par un matin parisien glacial.

Ils n’ont tous les deux jamais été plus loin que Margarita (à 40 milles des Testigos). Jamais allés ailleurs, jamais à Caracas, la capitale.
Nous adorons discuter avec eux. Il y a dans leur regard une chaleur qui nous réchauffe, qui nous enivre. Voilà ce que nous étions venus chercher ici.

Ils nous offrent du café, un café noir bien sucré. Leur histoire est émouvante. Elle a des problèmes cardiaques et a déjà fait deux infarctus. Sauvée de justesse, rapatriée en quelques heures à Margarita, elle doit sa survie à son mari qui a eu les bons réflexes en la voyant partir.
Ils n’ont pas d’argent. Qu’en feraient-ils ? Ils troquent leur poisson contre des vivres.
Nous repartons de chez eux avec de superbes mérous qu’ils nous offrent avec le sourire. Nous revenons quelques minutes plus tard avec du riz, de la farine et surtout du lait en poudre dont ils ont un besoin vital, nous ont-ils dit, pour boire avec son traitement médical à elle.

 


Mariano, le pêcheur des Testigos

Sa femme, Graviera
Son fils, Inoris
Mariano et Inoris sur leur barque, leur petite maison derrière


Vendredi 14 Mars

Los Testigos – Vénézuela

Rencontre suite

Mariano et son fils sont passés nous voir ce matin avec leur petite barque. Ils reviennent de la pêche et nous couvrent de poissons à nouveau, des mérous et des poissons perroquets. Ils ont tous les deux un sourire énorme. Nous prenons rendez vous pour partir à la pêche demain avec eux.

De nombreux bateaux de pêcheurs, plus gros, viennent mouiller quelques heures sous le vent de la côte, pour se reposer, passer une nuit, laver leur bateau. L’un d’eux vient nous voir pour nous emprunter deux masques afin de gratter la sous marine de leur bateau. Ils nous les rendent deux heures plus tard avec en guise de remerciement un énorme pagre. Le dîner de ce soir sera grandiose.


Mariano et Inoris en visite sur Bulle d'O pour nous offrir du poisson


Samedi 15 Mars

Los Testigos – Vénézuela

Le temps de la pêche – poissons et langoustes

Lever matinal aujourd’hui pour aller à la pêche avec Mariano et Inoris. Avec Christian, nous grimpons dans leur barque, tout excités de partager ce moment avec eux. Nous partons alors plein Nord et relevons leurs casiers, posés à des endroits probablement bien étudiés. Ils vident leur contenu dans un petit vivier au centre de la barque : des petits poissons de roche et de corail, tous plus jolis les uns que les autres, quelques murènes qui seront rejetées à la mer immédiatement. De retour sur Bulle d’O, ils nous offrent encore une fois les meilleurs poissons.

La suite de la journée sera faite de langoustes, que nous avions fini par croire disparues des Testigos. Une embarcation de pêcheurs vient nous voir de la part de Mariano et nous offre deux belles langoustes. Christian, qui a lui passé quelques heures à faire du snorkling, revient avec cinq spécimens du même genre, récupérées avec son fusil par 7 mètres de fond. Mariano et Inoris enfin reviennent nous voir avec en cadeau huit langoustes pêchées spécialement pour nous. Et toujours ce même sourire.

Barbecue festif ce soir sur la plage de galet. Nous découvrons cependant en cours de repas de gigantesques bestioles noires grouillant autour de nous. Des cafards Mesdames…. Retour précipité sur Eagle et Bulle d’O pour finir plus paisiblement nos langoustes grillées.


Les pêcheurs vont et viennent, pour la plupart basés à Porlamar (île de Margarita)

Des petits poissons de roche et de corail, quelques murènes qui seront rejetées à la mer

Mariano et Inoris reviennent nous voir avec en cadeau huit langoustes pêchées pour nous

Gueule de mérou



Dimanche 16 Mars

Los Testigos – Vénézuela

Histoire de faire peur

Ces îles sont trop paisibles. On s’y sent bien. Les pêcheurs vont et viennent, pour la plupart basés à Porlamar (île de Margarita). Ils ont dressé en haut sur un rocher un petit hôtel qu’ils viennent tous honorer en allumant des bougies qu’ils laissent brûler, protégées du vent.

Nous devrions en faire autant, au vu des histoires de piratage qui se racontent ici. Un couple de français s’est tout récemment fait aborder par une embarcation venue du continent. Le résultat est effrayant, trois balles dans le ventre pour Monsieur, rapatrié de toute urgence à Margarita grâce à l’intervention de ChonChon. Sans connaître les dessous de telles histoires (beaucoup tournent autour de la drogue), nous nous fixons de ne jamais naviguer seuls dans ces eaux. Principe de précaution !

Nous allons tout de même rester encore quelques jours avant de partir sur Margarita puis le Golfe de Cariaco. Que du bonheur.

Frégate, reine des Testigos. Quelle allure!

Mon ami le pélican

Ils sont frais mes poissons...

Il est frais mon cigare...


C’est Dimanche.
Pas de CNED donc mais matinée nettoyage pour tous au gros désarroi des enfants … et des plus grands ! Bulle d’O brille de l’intérieur et de l’extérieur. Sympa.


C’est Dimanche. Pas de Cned donc mais matinée nettoyage pour tous au gros désarroi des enfants …
et des plus grands ! Bulle d’O brille de l’intérieur et de l’extérieur

Coque bâbord de Seb et de Max

Cabine de Seb, toujours impeccable



Lundi 17 Mars

Los Testigos – Vénézuela

Le temps du plaisir

Notre nouveau mouillage est géant. Nous sommes ancrés à quelques mètres de la plage, un bout tiré de l’arrière de Bulle d’O sur un mancenillier (arbre à la sève très toxique, les enfants en ont fait l’expérience à Cariacou où, s’étant frottés de près à un mancenillier, ils se sont retrouvés avec des cloques plein les jambes. Ces brûlures sont restées vives pendant près de 15 jours).

Ce mouillage est donc superbe. Il nous suffit de sauter du bateau pour pêcher quelques langoustes. Les enfants profitent de la planche à voile d’Eagle pour passer leur après-midi sur l’eau, un sur la planche, et les autres dans l’annexe.

Seb qui s'initie à la planche. Trop trop fort

Seby qui monte au mât installer les ampoules à LED pour les feux de navigations

Contrôle de français pour Max

Famille Bulle d'O où le bonheur d'être ensemble



Mariano et sa femme Graveria reviennent nous voir, toujours avec le même sourire et avec leur barque pleine de pagres, qu’ils nous offrent. En échange nous leur donnons un pain tout chaud qui sort du four et un montage sur papier des photos prises avec eux. Nous buvons un café ensemble, sur Bulle d’O. Ils sont émerveillés par la visite du bateau.

Taugl est arrivé hier soir de Grenade. Ils ont posé leur ancre de l’autre coté de l’île, le premier mouillage quand on arrive. Carmen nous accueille tout sourire, Olivier est lui plus tendu, probablement encore marqué par notre engueulade de Cariacou (une histoire de rat…). Vexé sûrement et extrêmement rancunier. Ne fais pas la gueule Olivier ! La vie est belle aux Testigos.

Nous aurions bien aimé rester encore quelques jours pour profiter encore de ces îles si paisibles, voir les tortues pondrent la nuit sur la grande plage au vent (c’est maintenant la saison), aller pêcher avec Mariano, gravir la petite montagne pleine de cactus, escalader la dune de sable si sauvage… mais le voyage continue et de nouvelles destinations nous attendent. C’est décidé, nous partons demain pour Margarita.

 


Graviera en visite sur Bulle d'O. Nous lui offrirons le beau pain sur sa droite!

Miam, les bons yaourts de Catherine



Mardi 18 Mars

De Los Testigos à Margarita – Vénézuela

50 Milles, vent 10 à 15 noeuds, allure petit largue, mer belle, Gennaker seul, vitesse 5 à 7 noeuds

Le temps de la navigation

Pendant que Bulle d’O file tranquillement à 6 nœuds sous gennaker seul, Eagle se démène. Christian hisse la GV, lance le gennaker puis l’enroule pour hisser son spi. Christian est joueur. Il déploie beaucoup d’énergie pour faire avancer son bateau au mieux.
Pendant ce temps, nous prenons notre petit dej en famille, au soleil !

Eagle sous spi


Juste dérangés par la canne de traîne qui sonne soudainement. Il nous faut fatiguer la bête pendant une petite demi heure avant de pouvoir la monter à bord. Maxime est tout excité. Génial, c’est un thon. Découpe de darnes et de filets pour manger ce soir en sashimi.

Nous arrivons à Margarita vers 17H00 après une mini régate avec Eagle que Bulle d’O emporte d’un souffle. L’accélération de vent, arrivée dans la baie de Porlamar, est musclée (+20 nœuds) sur un petit mille. J’enroule alors mon génois rapidement. Christian bataille un peu plus pour ranger son gennaker qu’il avait ressorti peu de temps avant. Quel régal que de naviguer ensemble, sur des bateaux similaires.

La journée aura tout de même été marquée par le retour des problèmes techniques. Le générateur qui fait des siennes (ce n’est finalement qu’un peu de saleté dans le diesel), l’annexe qui a son tableau arrière qui se décolle (recollé le soir même) et surtout le pilote qui patine tant qu’il peut et que j’ai du débranché en cours de journée. Ça, c’est peut être très galère. A voir demain.


Cath, toujours en pleine forme, radieuse

Et Hop, un thon. l'équipe de pêche est en forme


Lumière des Testigos

Vue de Margarita, depuis les Testigos, par coucher de soleil particulièrement clair