Escale au Cap Vert

Vue de Praia à l'arrivée, île de Santiago
Tarrafal au Nord Ouest de l'île de Santiago


Vendredi 28 Décembre

Praïa

Radio Bulle d’O

Thomas Grunenwald est président de VSF. Nous avons passé une semaine très sympa avec lui sur Bulle d’O entre Dakar et le Siné Saloum.
Il nous a accompagné dans nos premières démarches avec le collège de Bassoul.

 Thomas, comment s'est passé ton séjour sur Bulle d'O?

  Mon séjour sur Bulle d'O a commencé bien avant le séjour au Sénégal, lors de notre rencontre dans le   16eme arrondissement de Paris. Je savais que je ne pourrais pas suivre la mission médicale de   novembre, car j'avais beaucoup de villages à visiter lors des 15 jours que j'ai passés dans le Sine   Saloum. J'avais donc prévu de venir sur Bulle d'O depuis le départ. Je voulais aussi aider l'équipage de   Bulle D'O dans sa mission sur l'évaluation de la cantine scolaire du collège de Bassoul. Non pas faire à   la place de l'équipage, mais vous présenter au mieux dans le village, pour que le contact se fasse plus   facilement. Je savais le bon accueil qu'offrent nos partenaires sénégalais, j'ai découvert le contact aisé   de l'équipage de Bulle d'O.

Thomas, président de VSF, ici avec Saïnabou, matronne de Bassar

Le séjour, trop court, fut très agréable. Je ne suis pas un grand fana de voile, mais le cata a un certain charme, et surtout un confort et un espace que j'apprécie beaucoup... goût de riche? J’assume :)

Bulle d'O est une belle base d'accueil. Mais elle est sublimée par son équipage, et j'ai vraiment été comblé. Le principal pour moi fut d'être vrai, en phase avec l'équipage, de ne pas "marcher" sur des oeufs, pouvoir se dire ce que l'on pense, sans crainte des susceptibilités.
Ce fut un délice de passer ces quelques jours ensemble. Pierre en garde aussi un souvenir ému. J'ai particulièrement apprécié tout ce qui est esquissé dans les discussions sans être évoqué. Les objectifs du voyage, faire découvrir un autre monde aux enfants, dans le respect profond des personnes rencontrées, me semble être le meilleur moyen de rendre Alexandra, Sébastien et Maxime encore plus tolérants, ouverts et curieux. C'est je pense une grande chance de pouvoir vivre cela maintenant, sans que cela ne grève leurs études (et quand bien même, ça ne sera certainement pas une année de perdue...).

J'ai aussi passé quelques jours de "vraies" vacances. Je ne me l'étais pas octroyé lors des deux missions précédentes, mais je me suis tout simplement trouvé trop bien avec vous, plus l'envie de vous quitter, et envie de profiter jusqu'au dernier moment d'être tout simplement ensemble.

Peux tu nous dire quelques mots sur VSF? Son activité et sa raison d'être?

Voiles sans Frontières est une association d'aide au développement. Pas du tout une association humanitaire.
Nous n'avons la prétention de sauver personne. Nous intervenons par petites touches, sur le long terme. Notre présence ponctuelle mais régulière nous oblige à beaucoup d'humilité et de discrétion.

L'objectif de l'association est de soutenir le développement des villages isolés, uniquement accessibles par voies maritimes ou fluviales. Le delta du Sine Saloum correspond parfaitement à ce concept. Les voiliers comme Bulle d'O sont le meilleur moyen pour accéder à ces zones, à faible tirant d'eau. Au delà des voiliers, nous essayons surtout d'impliquer les équipages dans nos actions, car ceux-ci ont toujours des compétences. Il serait dommage de ne pas profiter de cette énergie et de cette disponibilité.

Nous nous concentrons actuellement dans le Sine Saloum, région homogène d'un point de vue des problèmes d'accès, de santé, et administrativement définie, permettant d'avoir toujours les mêmes interlocuteurs avec qui des relations de confiance, voire d'amitié, se créent.
Nous oeuvrons dans des domaines prioritaires qui touchent le quotidien des habitants de cette région: la santé et l'éducation.
Nous n'intervenons pas dans d'autres domaines pour l'instant, souhaitant centrer nos efforts, nos énergies et nos moyens pour faire bien, des réalisations concrètes. Nous essayons de travailler au maximum en fonction des demandes et des besoins exprimés des habitants des îles, de leurs dirigeants locaux. Mais ce n'est pas toujours simple. Car il faut réfréner son envie de "faire à la place de". L'incitation de la part des sénégalais de "donner" est forte aussi. Idéalement, nous souhaitons "apprendre à pêcher et donner le matériel de pêche plutôt que de fournir le poisson". Mais sur le terrain, les situations peuvent se révéler plus complexes à gérer.

Nous faisons du soin (en médecine et dentaire) et de la formation médicale continue. Nous fabriquons des lunettes pour que les enfants puissent mieux suivre les cours. Nous soutenons les programmes nationaux de lutte contre le paludisme, les maladies diarrhéiques, en faisant des sessions d'éducation sanitaire dans les écoles. Nous organisons des jumelages scolaires entre des classes sénégalaises et françaises. Nous finançons la formation d'un infirmier issu des îles du Saloum dans une école à Dakar. Il reviendra à la fin de ses études exercer dans les îles.

Peux-tu nous donner un premier bilan de la mission médicalisée qui vient de se terminer ?

La première mission vient juste de rentrer. Je n'ai donc pas encore de bilan chiffré mais les consultations devraient être sensiblement équivalentes aux années précédentes.
Les médecins reviennent avec beaucoup de questions sur la façon dont nous devons intervenir pour les années futures.
Les soins ont un impact immédiat certain mais que laissons-nous sur le long terme, mis à part la formation médicale continue "au lit du malade" et les sessions d'éducation sanitaire?

Notre vision de santé publique est bridée par la demande des habitants, qui souhaitent un soulagement immédiat de leurs maux.
Nous faisons évoluer progressivement nos pratiques pour conjuguer les deux aspects.
Nous nous posons moins de questions en dentaire, où les soins ont un impact immédiat et définitif: une dent enlevée ne fera plus jamais mal ;-). Une évaluation de l'état bucco-dentaire est en cours cette année. Les dentistes, en concertation avec le dentiste sénégalais référent de la zone, détermineront ensuite un programme de prévention actif dans les écoles.
L'optique va connaître des changements avec le soutien à la création d'un bloc ophtalmologiste à Foundiougne, la grande ville du secteur, où se trouve le seul médecin pour l'ensemble des 20 000 habitants. Ce projet apportera un réel plus à la santé de ces populations, sur le long terme.
Le scolaire se développe dans la zone aussi, grâce aux enseignants impliqués de part et d'autre. Les enseignants sénégalais sont dans la même optique que leurs collègues français: un échange de courrier pour mieux se connaître, avec les joies et les faiblesses. L’outil du courrier est un catalyseur motivant pour travailler l'expression écrite et orale, la géographie, les mathématiques, l'éducation civique et presque toutes les disciplines de manière transversale. Les voiliers sont les "messagers" entre le France et le Sénégal.


Samedi 29 décembre

Praïa, au mouillage

Emmanuel, nouvel équipier sur Bulle d'O


Emmanuel est arrivé cette nuit. Certes avec 10 heures de retard mais il est là en pleine forme. Ne sachant pas à quelle heure son avion allait arriver à cause de ce retard important, nous avions convenu qu’il prendrait un taxi depuis l’aéroport jusqu’à la station service en face de notre mouillage. Son avion ayant zappé l'escale à Sal, il est finalement arrivé à 03H00 du mat, une grosse heure avant l’heure estimée. Nous ne nous sommes cependant levés qu’à 03H30, réveillés par un hurluberlu qui sifflait de tous ses poumons depuis une demi heure dans la nuit Cap verdienne !

Nous sommes ravis de le voir à plusieurs titres. Le premier est qu’il nous apporte la pompe diesel de tous les désirs !…:)

Emmanuel va surtout nous apporter un œil neuf, un contact supplémentaire à bord ce qui réjouit beaucoup les enfants et une présence de plus pour cette grande transatlantique, non négligeable en cas de pépin. Bienvenue donc à toi grand Emmanuel !
La séance de Palabre de la soirée avec les enfants aura été grandement animée autour de ce thème (Thomas et Pierre : cela vous rappelle quelque chose?)

La journée a malheureusement été ponctuée d’une grosse déception. Dès le matin, nous remontons la pompe diesel. Nous réamorçons le groupe, il se remet alors à tourner, apparemment de manière rassurante. Et puis patatras, le voltage fourni n’est pas suffisant pour faire tourner ni le chargeur de batterie, ni le déssalinisateur. La tuile. La poisse. Je hais ce groupe…
Le problème semble insoluble. Nous cherchons, apprenons par cœur la notice d’utilisation du groupe mais cela ne suffit pas. Pour le moment. Même Guy notre conseiller à distance ne peut nous aider. Nous verrons bien demain.

 


Emmanuel, tout fraîchement arrivé et déjà au boulot.
Le générateur nous occupe tous beaucoup sur Bulle d'O

Le déssal (à gauche) est capable de produire 90 litres d'eau douce par heure quand le générateur (en haut à gauche) fonctionne...



Dimanche 30 Décembre

Praïa

En plus de Bulle d’O, trois bateaux sont désormais au mouillage.
Lady Meg est l’un d’eux, un « spencer » monocoque canadien de 45 pieds, habité par Kris et Erik, un couple de canadien (pré retraités).
Ils naviguent tous les deux depuis plus de huit ans autour du monde ! Nous passons avec eux deux soirées d’affilée. Leurs histoires, les rencontres qu’ils ont faites et leur expérience nous passionnent. Les enfants ont des tas de questions (en anglais et sans scrupule !).

En plus de cette rencontre, il nous est arrivé aujourd’hui trois bonnes choses :

  1. Nous avons avec Emmanuel trouvé un moyen de faire fonctionner le groupe de manière à produire un voltage suffisant pour faire tourner le chargeur et le déssal. La solution consiste à ajuster manuellement la vitesse du groupe en fonction du voltage nécessaire. Cela n’est pas une solution long terme mais devrait suffire pour la transat. Soulagement ! Gros soulagement.

  2. Nous avons eu la visite surprise d’une raie manta aussi immense que magnifique. Elle est venue jouer autour de Bulle d’O une bonne dizaine de minutes. Grandiose. Le temps de s’extasier (10 minutes) de prendre mon masque et de me jeter à l’eau (30 secondes) et elle était partie jouer ailleurs. Too bad. Il faut néanmoins être prudent ici car les requins sont semble t-il fréquent. On trouve au Cap vert les plus gros requins de l’Atlantique. Et les plus belles raies manta !

  3. Un SMS de Taugl nous apprend qu’ils viennent nous rejoindre sur Praïa avec leur bateau préhistorique, probablement demain. De quoi réveillonner ensemble autour de bonnes bouteilles.


Kris et Erik en pleine discussion sur Bulle d'O

Alexandra continue de nous régaler. Tarte au citron et "crème Mic Mac" pour accueillir Kris et Erik ce soir



Alexandra porte fièrement sa robe sénégalaise et un chapeau offert à notre départ de Kachouane



Lundi 31 Décembre

Praïa

Nous avons fêté Noël aujourd’hui. Nos voisins canadiens sont venus gentiment nous prêter leur sapin de Noël que nous avons immédiatement dressé sur Bulle d’O. Les enfants sont ravis. Contents de faire la fête et d’échanger les cadeaux qu’ils ont eux même préparés en cachette depuis plus de deux semaines : dessins, peintures, décopatchs, assemblages etc.
La fête se poursuit avec l’arrivée de Taugl en fin d’après midi. Le réveillon est joyeux et minuit arrive sous les sirènes des bateaux qui célèbrent la nouvelle année sous un feu d’artifice lancé depuis le port. Emouvant.

                                                                                                        Bonne année 2008…



Voila une famille heureuse de partager Noël à bord de Bulle d'O

Maxime qui présente son cadeau et un petit mot. il en a aussi fait un pour sa maman. Un autre finalement!

L'équipe de pêche a été gâtée pour Noël

Le capitaine le soir de Noël: merci, merci !



Bulle d'O et Taugl au mouillage de porto da Praïa, dans un cadre peu engageant



Mardi 01 Janvier 2008

Praïa

Le mouillage n’est pas des plus agréables. Il est de bonne tenue, pas de risque de dérapage, pas trop rouleur mais extrêmement poussiéreux. Le ciel est en effet toujours voilé par le sable avec un vent constant rendant les nuits assez fraîches.
Nous restons ici uniquement pour finaliser notre avitaillement et profiter du wifi de la place centrale.
Coté bulle d’O, gros soulagement. L’inquiétude sur le mât tournant semble s’éloigner. Le couinement est très probablement dû au sable accumulé depuis Dakar et qui a du se glisser sous la rotule. Rien de grave et plutôt normal. Pour le calmer, pas de graisse à mettre mais tout simplement utiliser l’arthur pour bloquer le mât et l’empêcher de  bouger une fois qu’il a pris la position qui va bien. J’attends toutefois la confirmation d’Alucarbon qui est encore en congés pour quelques jours sûrement.



Maquereaux-Bonites du marché au poisson de Praïa



Mercredi 02 Janvier

Praïa

Carmen (nos amis de Taugl) a passé près de trois semaines à Bali pour la conférence mondiale sur le changement climatique.
Une telle conférence a lieu chaque année pour négocier les mesures à mettre en œuvre pour préserver le climat et s’adapter à son évolution puisque les gaz à effet de serre déjà émis nous condamnent à certains changements. Elle y intervient comme spécialiste environnementale pour le compte de l’ONU.
Emmanuel est quant à lui très sensible à la protection de l’environnement dans sa vie de tous les jours.

Après nous être un peu documentés sur cette question, en voici notre compréhension : l’humanité est devant un problème majeur : nous ne pouvons pas continuer à puiser indéfiniment dans les ressources non renouvelables de la terre. Cela n’est biologiquement pas viable. Un monde sans pétrole n’est cependant pas suffisant. Il faut beaucoup plus. Le réchauffement climatique, les émissions de gaz à effet de serre, la surconsommation, la déforestation, la raréfaction et la pollution de l’eau, la destruction des richesses de la mer, la perte de la biodiversité, la désertification …Autant de problèmes qu’il faut adresser au niveau planétaire et résoudre collectivement. Est-ce par l’addition d’une multitude de petites choses ou par une mutation profonde de notre société ? Pas si simple.
Je suis convaincu que rien ne se fera sans une prise de conscience massive et par une vulgarisation du sujet.

Mobiliser les énergies pour prendre les bonnes orientations qui ne sont  pas encore tout à fait claires, même me semble t-il pour la communauté scientifique. Comment faire pour donner des perspectives intéressantes et mobilisatrices ? Le sujet est maintenant d’actualité. Carmen peut nous montrer la voie !

La navigation à la voile est pour nous un bon moyen de se rapprocher de la nature et de prendre le temps de se pencher sur des sujets que nous zappions un peu il faut le dire. Nous sommes maintenant en permanence à son écoute : le vent, la mer, le soleil, le rythme de la lune, les étoiles, la variation des pressions atmosphériques etc. Un vrai changement dans notre vie !

Carmen que nous avons sollicitée sur ce sujet qui la passionne ajoute:

                                                                       
        « Je place la vulgarisation ou l’éducation en premier, sans ça pas de prise de conscience possible et je          mets l’accent sur l’éducation des enfants, naturellement sensibles et ouverts à la nature et aux choses          s’y rapportant. Il faut qu’eux deviennent des adultes responsables et que leurs gestes soient          automatiquement respectueux de notre terre nourricière. Comprendre notre interdépendance avec les          ressources de la terre estune des clés de notre survie. Une autre problématique est ‘que représente          l’humanité à l’échelle de la terre’ ; certains radicaux aux Etats-Unis par exemple prônent la          préservation de la terre avant celle de l’humanité destructrice.

         La nécessité d’économiser l’énergie qui ne peut pas être produite en grande quantité, économiser l’eau          qui est difficile à produire ou chercher à terre, limiter la production de déchets difficiles à jeter. Les          achats de pièces de rechange n’étant pas toujours possible, on pense d’abord à réparer avant de se précipiter dans le premier magasin venu ou on essaie de trouver des solutions de rechange, ce qui est développe notre créativité et satisfaction personnelle en plus d’être bénéfique. Ces enseignements marquent et le retour à terre devrait résulter en une attitude plus responsable et sobre.

Ce point est intéressant, comment passer d’une société de gaspillage et surconsommation à une société de sobriété, de solidarité et d’entraide.

Pourrait-on trouver une alternative à la notion de développement même qualifié de durable. Le remplacer par la notion de vie en harmonie avec le monde environnant qui est notre base de survie. La solution passera par un changement d’attitude alliant respect et ajustement de nos besoins en fonction des ressources disponibles et promotion des relations humaines en tant que vecteur principal de bien-être et de contentement.

Il me semble qu’un questionnement fondamental sur la nature de nos besoins et nos relations avec la nature et les autres est salutaire. De quoi l’homme a-t-il besoin pour assurer son bien-être, est-ce du dernier 4x4 ou de rapports chaleureux avec son voisin ? Dans les tribus africaines, on dit que quand un des membres de la tribu est malade toute la tribu l’est et se rassemble pour se soigner. La résolution des problèmes écologiques passera par cette prise de conscience. Ces problèmes sont nés de notre ignorance et arrogance mais aussi de notre foi dans le progrès, le tech-fix comme on dit dans les pays anglo-saxons. L’humanité a certes plus d’un tour dans son sac et peut trouver des solutions innovantes mais elle ne pourra, à mon avis, faire l’économie d’une remise en cause de son nombrilisme.

Pour compléter ton tour d’horizon de la problématique changement climatique, j’ajouterai qu’un des axes de réflexion inclut l’adaptation au problème en plus de la nécessité de réduire l’émission des gaz à effet de serre. Le secteur de l’agriculture est aussi en cause avec les émissions de méthane des cultures telles que le riz et le pet de vaches (et oui ça fait toujours rire), et les décharges.  Il faut bien sûr trouver des solutions alternatives à nos modes de production et modes de vie énergétivores  Des solutions existent déjà et sont mises en œuvre, il existe un quartier en Angleterre appelé BedZed, zéro émission et zéro déchet, le site est intéressant à consulter sur le web, des voitures solaires voient le jour, des maisons écologiques, on revient aux matériaux naturels.

Développement durable est une terminologie controversée, développement de qui et pourquoi ? durable pour qui ? Adoptons des concepts nouveaux tels que le produit du bien-être national pour évoluer et non l’évolution des cours de la bourse.
Apprenons à nos enfants à se poser une question fondamentale avant tout achat : à quel besoin répond-il et puis-je assouvir ce besoin autrement qu’en achetant ce xième jeu vidéo ? Je ne prêche pas le retour aux cavernes, mais notre fils Arthur a découvert l’été dernier la joie de construire des barrages sur des rivières, des cabanes dans les bois avec une bonne bande de copains et la Nintendo DS n’a jamais été rechargée. Je ne prône pas non plus l’ascétisme et la bougie, quoiqu’ elles aient leur charme, juste la mesure d’un équilibre. Il est dommage que les responsabilités et actes tardent à venir car ce qui aurait pu se faire dans la douceur risque d’arriver dans la douleur. On parle déjà de quota de carbone alloué à la naissance de chaque enfant dans un futur pas si distant, un vol long courrier par vie etc… Alors chaque geste aussi petit soit-il vaut la peine et multiplié à l’échelle du monde aura un impact significatif. Aucun discours n’a la force de l’exemple ».

Beaucoup d’éléments de réflexion pour nous tous.


Carmen, Catherine et Alexandra sur la ”place wifi“ de Praïa en train de télécharger le CNED qui n’est pas arrivé pour Sébastien



Jeudi 03 Janvier

Praïa

Mise à jour du site, réponses aux email pour les enfants comme pour nous, fin de l’avitaillement avec le marché au légume : 10 Kg de pomme de terre, 6 Kg d’oignon, 4 KG de haricots verts frais (délicieux), 5 Kg de tomates bien vertes qui vont tranquillement finir de  mûrir à bord, 3 Kg de courgettes, de carottes, de poivrons (verts) de choux blancs, d’oranges, de bananes… le marché de Praïa est ben achalandé. Et très sympa. La conversation est plutôt sommaire en portugais ou créole mais on arrive très bien à se faire comprendre. Nous rentrons au bateau en taxi puis annexe chargée à bloc. Nous devrions bien manger pendant la transat et équilibré en plus. 


Marché de Sucupira à Praia
Vente de vêtements qui arrivent des US dans des tonneaux
Celui là arrive de Boston!


On est au Cap Vert et toujours en Afrique

Dans son tonneau, en train de tasser les vêtements


 

Vendredi 04 Janvier

Tarrafal (île de Santiago – Cap vert)

Première journée de navigation pour Emmanuel. Baptême musclé mais très sympa et parfaitement réussi. La journée a été sportive avec un tour de l’île de Santiago et un vent soutenu. Nous avons eu toutes les allures et un final au près avec quatre bords à une vitesse entre 8 et 11 nœuds pour un vent souvent au dessus de 30 noeuds. Deux ris dans la GV. Bulle d’O s’est tenu à merveille. Emmanuel également. Il nous apporte tout son calme et sa sérénité. Sa présence nous permet d’envisager une traversée encore plus sure, confortable et sympathique. Génial.

 


L'île de Santiago, sèche et aride

Première navigation pour Emmanuel et première sieste dans le carré

Catherine et deux de nos mousses en navigation

Nous sommes H E U R E U X



Nous mouillons en milieu d’après midi à Tarrafal. La plage, quelques palmiers, la montagne qui se jette dans la mer, au loin le volcan de Fogo (l’île voisine) qui culmine à plus de 2800 mètres au dessus des nuages. C’est superbe.
Nous sommes seuls au mouillage. Quelques pêcheurs se préparent à passer la nuit dehors. Ils viendront nous voir demain matin avec les fruits de leur pêche. Notre aventure est géniale.


Au loin, à plus de 30 milles, l'île de Fogo et son volcan qui culmine à plus de 2800 mètres

 

Samedi 05 Janvier

Tarrafal au mouillage

L’archipel du Cap vert est situé à plus de 800 milles au SW des canaries et 340 milles de l’Afrique de l’ouest sur la route du Brésil et des Antilles. La présence de voilier surprend de moins en moins même s’ils ne sont pas légion. Il n’y a donc pas de marina, pas de facilités pour les voiliers, pas d’aide à attendre en cas de problème technique. Le cap Vert présente cependant l’avantage évident de couper notre transatlantique. Il n’y a en effet que 2 200 milles pour gagner Tobago contre 2 900 depuis les Canaries.
Le pays, indépendant depuis 1975, est composé de dix grandes îles et quatre plus petites. Elles sont toutes volcaniques et la plupart sont montagneuses. Le seul volcan encore en activité est celui de Fogo, en face de notre mouillage. Nous devrions y faire un stop d’ici quelques jours.

Les îles sont habitées par 420 000 personnes. 420 000 Cap verdiens résident également à l’étranger (dont 200 000 aux US et 40 000 au Portugal). 40% de la population a moins de 14 ans (18% en France)
L’aide étrangère est de très loin la première source de revenus. Plusieurs pays de l’Union Européenne parrainent une île en particulier. La France » et l’Italie aident Sao Nicolao, l’Allemagne Brava, le Luxembourg Santo Antao etc.
Le Cap Vert est en tête des pays de l’Afrique de l’ouest en matière de qualité de vie dans le classement des nations unies. L’espérance de vie y est de 70 ans (contre 56 ans au Sénégal).

Nous avons une première impression d’un pays où le niveau de vie est plutôt élévé : eau courante et électricité partout, pas de misère flagrante, les enfants semblent bien nourris, les adultes sont plutôt « trop » bien nourris (contraste important avec le Sénégal,) des supermarchés étonnement achalandés à Praia et même à Tarrafal, des voitures rutilantes dans tout le pays à se demander si l’aide internationale n’arrive pas sous forme de voitures, une relative gaieté ambiante avec de la musique un peu partout, des restaurants, des boutiques. L’accueil est cependant bien bien plus réservé qu’au Sénégal . Nous notons peu d’intérêt des Cap verdiens pour les visiteurs et ne parlant pas portugais, nous ne pourrons pas vraiment casser cette barrière. Un mauvais point pour les déchets qui traînent partout sans préoccuper grand monde et surtout pour le vol et le sentiment d'insécurité ambiant (vol d'annexe à Praia, touristes agressés à Tarrafal lors de balades).

 


Tarrafal: Bulle d'O et Taugl au mouillage



La plage de Tarrafal au Nord ouest de l'île de Santiago. Nous y passons quelques jours bien sympas

La houle importante amène de belles vagues qui régalent les enfants

Mieux vaut être prudent


 

Dimanche 06 Janvier

Tarrafal au mouillage

Le mouillage est très venté. Le vent y est constamment à 15 - 20 nœuds avec des rafales à près de 30. Gloups ! L’ancre tient bien. Les repas toujours dehors sont bien aérés… mais les températures sont plutôt agréables.


Les femmes nous proposent des noix de Coco sur la plage

Femme au sourire mélancolique

La star Alexandra

Emmanuel a rapidement pris le rythme, une noix de coco à la main!



Nous sommes attirés ce matin par de nombreux chants religieux qui résonnent au loin. Nous arrivons à terre après le grand nettoyage du Dimanche sur Bulle d’O (tout l’équipage, chaque dimanche pendant deux heures) pour nous joindre à une grande messe en plein air commencée vers 10H00. Il y a énormément de monde. Les prêtres sont sur une estrade et entourés d’une chorale impressionnante. La foule, importante, se tient debout, parfois en équilibre sur un tabouret pour mieux voir. On se protège du soleil avec un parapluie si nécessaire et on chante. La scène est très belle. Derrière, les mamas cuisinent des grandes gamelles qui seront ensuite partagées.
Cette messe est en fait un peu exceptionnelle puisqu’elle célèbre l’ordination de nombreux prêtres. Elle durera jusqu’à 15H00 !

Nous terminerons la journée par une grande balade le long de la côte et non pas dans les montagnes comme nous en avions l’intention.
On nous l’a en effet fortement déconseillé pour des questions de sécurité, plusieurs personnes s’étant fait détroussées récemment. Pas question de prendre ce risque.





Ordination des prêtres un Dimanche, à Tarrafal

La messe, suivie par une foule importante, durera une bonne partie de la journée

Messe dominicale à tarrafal. Cherchez Catherine....

... et Emmanuel !


Lundi 07 Janvier

Tarrafal au mouillage

Depuis que nous nous sommes retrouvés à Praïa, nous passons beaucoup de temps avec Taugl, un coup chez eux, un coup sur Bulle d’O. Cela nous donne l’occasion de multiplier les discussions toujours très vivantes. On ne se refait pas et on adore ça !
Emmanuel s’amarine parfaitement. Pas de mal de mer (il le craignait un peu !), parfois un petit mal de terre mais rien de grave. Il est toujours présent pour donner un coup de main : faire les pleins d’eau (en annexe), accompagner les enfants à la plage en annexe (on ne laisse que rarement l’annexe sur la plage), vaisselle, nettoyage et autres petites corvées quotidiennes. Sympa le beau frère ! Tiens, on va lui prévoir un petit radio Bulle d’O pour le laisser s’exprimer !

La traversée se rapproche. Nous ne voulons pas partir trop tôt pour ne pas naviguer avec une lune noire (demain). Nous pensons donc ne partir que dans quelques jours. Avant cela, il nous reste à renforcer une attache en spectra (écoute de GV) qui me semble un poil faiblard et à gratter les hélices qui sont couvertes d’anatifes (coquillages) et d’algues. Je me sers pour cela de la bouteille de plongée (8L). Très utile et très excitant de faire un peu de plongée en vue des Antilles même si ici l’eau est un peu froide (18°). Tiens, on commence à rêver des coins paradisiaques des mers des caraïbes.
 
Alucarbon avec qui nous sommes maintenant en contact régulier me confirme que le grincement du mât ne doit pas nous inquiéter. Il ne peut pas être lié à un problème sur la rotule comme nous l’avions pensé. Ce type de mât a fait ses preuves sur de nombreux bateaux de courses, des 60 pieds qui naviguent autours du monde. Un système largement éprouvé. Tant mieux. Ils me confirment de plus que les modifications à faire sur le roof et les bosses de ris seront prises en charge par Alucarbon et réalisées en Martinique. Impec. C’est une très bonne nouvelle.
Du coup, nous pensons peut être adapter notre arrivée en fonction et remonter plus rapidement que prévu en Martinique. Nous étudions une arrivée à la Barbade pour nous laisser le choix une fois arrivés: soit faire les Grenadines, Sainte Lucie et la Martinique soit aller sur Tobago pour profiter du carnaval de Trinidad début Février qui est paraît-il trop cool. A mûrir. Tout est encore ouvert.

 


Mardi 08 Janvier


Tarrafal au mouillage toujours très (trop) venté

Radio Bulle d’O

Emmanuel, comment te sens-tu sur Bulle d’O depuis ton arrivée ?

Après près de 24 heures d’un voyage plus long que prévu et une arrivée en plein milieu de la nuit, j’ai été agréablement surpris de l’accueil de l’ensemble de l’équipage à une heure aussi décalée. Les enfants étaient tous debout et en pleine forme.
L’ambiance à bord est bonne ainsi que la cuisine.
Pour l’instant, je n’ai navigué qu’une journée. Cette navigation, bien variée et bien ventée, a été pour moi une bonne façon de me remettre dans le bain.
J’attends avec impatience notre départ pour les Antilles qui revêt tout de même un caractère exceptionnel pour un navigateur novice du grand large.

Qu’attends-tu de ton séjour et de cette transatlantique?

Vivre une aventure atypique en quelque sorte, mythique en rapport avec ma passion (la voile). La réalisation d’un rêve d’enfant. C’est aussi une expérience familiale et de vie à bord, isolé du reste du monde. C’est autant une expérience humaine et relationnelle que sportive.

As-tu des craintes particulières ?

Il y en a toujours. Un accident, une avarie. Il faut toujours garder à l’esprit que la mer est indomptable. Rester humble et faire le maximum pour arriver à bon port sans prise de risque inutile. Notre but n’est pas de réaliser un exploit mais de se faire plaisir. Le voyage semble avoir été bien préparé, le bateau agréable à naviguer et en bon état. J’aborde cette traversée en toute confiance.


Famille Bulle d'O

Emmanuel dans le vent

Un pont naturel

La mer et le vent sont plutôt forts dans la région