Traversée Sénégal - Cap Vert
Kachouane - Praia

Nos trois mousses gardent le sourire
malgrè une navigation mouvementée qui durera 62 heures


Lundi 24 Décembre

Kachouane puis nuit en mer

Nous quittons Kachouane à midi après une séance d’adieux émouvante. Ils sont tous là.
Moussou le tailleur, Dieng (Maître Dieng comme l’appelle Alexandra), Issa le rasta sympa, El Hadji le fils du chef de village, Cocoye et sa femme, les copines d’Alexandra Bintou et Diara. Ils nous couvrent de fleurs, nous offrent un bouquet de riz tout juste récolté et un chapeau de paille. On ne vous oubliera pas. Merci pour ce que vous nous avez apporté. Une belle leçon de vie et de générosité que les enfants retiendront, j’en suis sûr. Une leçon essentielle.


Mardi 25 Décembre

Navigation entre la Casamance et Praïa (Cap Vert). Deuxième nuit en mer

La transition avec la Casamance est instantanée.
On est immédiatement plongés dans la navigation hauturière qui réclame 200% de notre attention. Pas le temps donc de rester sur les émotions de notre départ pourtant toutes fraîches. Je suis un peu tendu, un peu inquiet et très concentré.
Comment va se comporter Bulle d’O ? Comment allons nous nous amariner ? Comment va-t-on reprendre le rythme particulier des quarts de nuit ? Surtout que l’on attend une navigation difficile avec une mer très désordonnée.

Le jour de Noël est pour tous difficile.
La nuit a été longue. Nous avons été secoués, brassés, malaxés….Dur de dormir et aussi dur de rester éveillé ! Ceux qui vont se coucher sont réveillés régulièrement. Catherine n’a pas fermé l’œil de la nuit. Inquiète. On le serait à beaucoup moins ! Bulle d’O fonce à 8 nœuds de moyenne, au près et passe plutôt bien cette mer désordonnée.

Le vent s’établit progressivement au N puis au N/NE. Nous prenons cette houle de ¾ face.
Résultat sans pitié : au jeu de la générosité envers les poissons, je gagne la palme haut la main avec quatre visites au balcon (trois pendant mes quarts de nuit), contre deux à Sébastien et une à Maxime. Les filles sont bien secouées mais résistent mieux que nous.

Navigation : Dès le départ, le vent est de NW alors que l’on l’attendait de N/NE. Nous en profitons pour remonter cap 20° (N/NE) bâbord amure sur plus de 30 milles. Nous gardons en tête les commentaires de Guy qui étant passé par là il y a deux ans à bord de Meyowenti s’était fait passablement secoué pendant cette traversée. Les Picards sur Eagle ont eu la même expérience trois semaines plus tôt. Alors, on va remonter au Nord dès le début pour ensuite avoir un cap nous permettant d’affronter la houle plus de travers.
Nous virons de bord près de la Gambie et prenons un cap 310° vers le large, toujours un peu plus au nord que le cap direct (290°). Le vent fraîchit nettement à 25 nœuds. Nous sommes au bon plein avec une houle toujours de ¾ face.
Nous avons parcouru 155 milles lors de cette première journée.


Bulle d'O en navigation, au près. Les nouveaux filets laissent bien passer les paquets d'eau. Impressionnant

Haut de la perche IOR en allant vers le Cap Vert


Mercredi  26 Décembre

Troisième nuit en mer. 180 milles parcourus

La mer est toujours très hachée, générant un inconfort important et surtout continuel depuis notre départ. Etat de l’équipage nauséeux. On se traîne tous. Le moindre geste demande un effort conséquent. Nos repas se limitent au strict minimum. Un plat de riz ou de pâtes. C’est tout. Nous n’avons pas faim. Le repas de Noël aura été frugal. Cath assure courageusement l’intendance, prépare les repas et fait la vaisselle dans des conditions digne de Space Mountain !
Depuis ce matin, le mât s’est mis à couiner à chacune de ses nombreuses rotations (le mât est pivotant). Cela résonne dans le carré et accentue notre inquiétude. Je fais le tour du mât à plusieurs reprises sans trop comprendre d’où vient ce son plaintif. Je mets de l’huile en espérant calmer le jeu, un peu de vaseline mais rien n’y fait. Ce son strident qui résonne dans nos oreilles durera toute la nuit. Il ne se calmera qu’à partir du moment où notre allure passera du bon plein au travers. Bulle d’O est tout de suite plus confortable avec une houle prise de travers puis de ¾ arrière. Notre option paie enfin. Nous maintenons nos 8 nœuds mais avec beaucoup plus de confort. La dernière journée est plus agréable. La moindre petite amélioration est ressentie par tous comme un vrai cadeau.

Jeudi 27 Décembre

Nous venons d’arriver à Praïa. Il est 02H30

L’arrivée de nuit n’a pas posé de problème. Nous devenons de vrais cracks ! Catherine, Max et Alexandra ont assuré courageusement le premier quart jusqu’à minuit. La nuit est tombée assez tôt d’autant que nous avons changé d’heure, Praïa étant en TU-1. Heureusement la lune est là. Elle s’est levée vers 21H00 pour nous guider jusqu’au mouillage. Le pont est toujours jonché de poissons volants. Ils tombent régulièrement sur Bulle d’O et parfois nous arrivent en pleine face. Cath en a même eu un qui est arrivé en plein sur elle et s’est glissé dans son pantalon. Quelques cris plus tard, on a pu sauver le poisson rigolo. Sébastien lui en a eu un qui est tombé dans le seau dans lequel il était en train de vomir. Un grand moment.
Nous prenons donc notre quart avec Sébastien pour assurer les deux/trois dernières heures. Le vent a bien molli. Nous avons maintenant 15 nœuds et sommes en vent de travers cap 270°. Bulle d’O fonce toujours à 8 nœuds de moyenne avec une mer beaucoup plus calme. Enfin !. Quel pied de naviguer sans se faire brasser. Un vrai bonheur après ces deux jours très agités. L’approche est finalement tranquille. Nous prenons un deuxième ris pour assurer et anticiper un éventuel effet venturi qui ne viendra pas. Juste des petites poussées à 22 nœuds.
Nous affalons la GV tranquillement. Cath arrive alors en renfort. Le mouillage se passera sans aucun problème ni inquiétude. L’ancre tombe dans la baie de Praïa, poussée par Sebastien. Il est donc 02H30. Une bonne demi heure pour ranger le bateau et hisser les couleurs du Cap vert, une autre pour débriefer de la nav et se réjouir d’être arrivés sans casse. Juste un peu d’inconfort et beaucoup d’inquiétude. Le métier rentre !.

Pour les jours à venir, je garde bien en tête de faire un check up complet de Bulle d’O et évidemment de reprendre contact avec Alucarbon pour avoir leur avis sur les couinements du mât.

Avec un peu de recul, je nous félicite d’avoir osé la navigation Cabrera – Ibiza en Août dernier. Elle nous a permis de casser ce qui devait casser dans une mer agitée et avec un vent au près et de réparer tout cela tranquillement avec Robert. Il aurait été quasiment impossible de le faire proprement dans cette partie du globe.  


Cath en sieste, à l'ombre pendant la navigation


Hommage à tous ces beaux visages africains