Balade en Casamance
Affiniam- Nioumoune- Kachouane


Un copain de Maxime tout sourire


Affiniam

Dimanche 16 décembre

Affiniam

Nous avons quitté Ziguinchor sans trop de regret après plus d’une semaine. Nous avons tous beaucoup aimé l’ambiance de la ville avec, avant tout, ses nombreux marchés sympas. La piscine et le wifi au Kadiandoumagne nous ont aussi bien plu.
J’en garderai cependant certainement le souvenir d’une escale surtout technique, dernière possibilité d’entretien et d’avitaillement sérieux avant le Cap Vert.

Nous sommes donc tous excités de lever l’ancre et de reprendre nos navigations dans les bolongs. Les règles sont toujours les mêmes et nous sommes maintenant réellement plus à l’aise : bien arrondir tous les virages, attentifs aux bancs de sables, bien coller les bords lorsque le bras de fleuve s’élargit, il y a souvent un banc de sable au milieu.

Nous avons construit notre programme pour les jours à venir sur la base des recommandations que nous avons eues au fil des rencontres : Affiniam donc aujourd’hui puis Nioumoune et enfin le tour de Karabane pour terminer notre séjour en Casamance.
Nous pouvons nous diriger plus facilement grâce à des croquis qui ont été faits par un couple de français qui navigue en Casamance depuis des années et que nous avons rencontré à Ziguinchor. Ces croquis sont pour nous indispensables pour naviguer dans ces bolongs où nous ne pourrions pas aller sans la certitude de pouvoir passer. Nous avons tout à l’heure contourné un banc de sable juste avant d’arriver à Affiniam. Passage à moins de 2 mètres de fond. Le sondeur a même indiqué 1m50 au moins profond. Chaud pour le capitaine !


Croquis du mouillage de Kachouane
Mouillage de Niomoune

Coucher de soleil sur Affiniam


Nous accostons à Affiniam dans un mouillage où nous sommes seuls. Pas un bateau, pas une pirogue. Des oiseaux en pagaille et un paysage extra et un peu nouveau : beaucoup d’arbres immenses et de toutes sortes : bien sûr les palmiers, baobabs et fromagers mais en plus une ribambelle d’arbres fruitiers : citronniers, orangers, manguiers, mandariniers, bananiers.
Le village d’Affiniam est situé à 3 km de là ou nous sommes. Nous avons donc une belle balade pour y arriver dans un cadre magnifique. Probablement le plus beau de ce que nous avons vu jusqu’à présent. Le sentier en sable est ombragé. Les cases sont dissimulées entre les arbres et toutes largement espacées les unes des autres (très différent des villages du Saloum où les « maisons » étaient presque collées les une aux autres).
L’accueil est encore une fois ahurissant. Des sourires tout de suite et des contacts toujours faciles et naturels. Il faut aussi dire que les enfants sont un vecteur extraordinaire. Maxime, le plus jeune, est très souvent la star avec tous, Sébastien donne du fil à retorde aux africains qui ont un mal fou à prononcer son prénom et s’y entraînent plusieurs fois de suite, Alexandra elle, est la reine. Les femmes et les filles la couvrent de compliments pour ses cheveux et sa beauté.

Nous rentrons au bateau à la tombée de la nuit. Notre annexe restée seule sans attache est toujours là, sagement. Bulle d’O veille, trônant seul dans ce bolong d’un calme et d’une beauté qui nous ravit.


Nombreux oiseaux en tout genre

Vol de canards sauvages

Vol de Pélicans que l'on croise régulièrement. Majesteux!

Travaux aux champs autours des nombreux puits d'eau
Alexandra sur la route d'Affiniam et qui joue à “non, non, pas de photos...”
Paysage de Casamance avec au loin un troupeau de vaches et taureaux


Bulle d'O au mouillage.

Au dessus, des hordes de Canards sauvages
Travaux aux champs - Affiniam

 

Lundi 17 Décembre

Affiniam seuls dans le bolong

La Casamance est magique et magnifique.

Journée de rêve à Affiniam. Nous sommes accueillis par Marie-Lucie, Joséphine et Pascaline que l’on avait croisées la veille et qui nous avaient invités. Toute la famille au sens africain du terme (« élastique » comme ils le disent) est présente.
Le vieux est décédé. Le vieux était à la fois le guérisseur et le sage du village depuis des décennies. Alors tous se réunissent depuis trois jours : Paul qui vit à Montpellier (le seul Sénégalais européen), Pascaline de Dakar, Joséphine de Tambacounda, Marie Lucie d’Affiniam, frères, sœurs (il y a en a dix), tantes, oncles, cousins, cousines et tout le village en habits de fête. Alors on mange, on tue cochons et bœufs, on boit, on rigole, on danse beaucoup. Et nous cinq au milieu de tout ça, on nous reçoit comme si nous étions attendus, on nous présente à tous, on nous fait à manger, on nous donne à boire, on parle beaucoup. Les enfants jouent. On fait partie du tableau. On vit.

Le sentier se prolonge dans la forêt toujours composée de nombreux arbres fruitiers. Nous croisons de temps en temps un troupeau de vaches en liberté, des chèvres, des marcassins. Au loin des jardins potagers. Des enfants qui jouent au foot. Des plus grands qui nous appellent. Alors on vient et on discute. Nous arrivons après plus d’une heure de marche dans un jardin maraîcher tenu par des frères et qui produisent oranges, mandarines, citrons, pamplemousses et de nombreux légumes. Après avoir visité la propriété, Narcisse nous propose d’aller cueillir nos propres fruits directement sur les arbres: 7 Kg de mandarines, 3 Kg de citrons et quelques oranges. Les autres ne sont pas encore mures. Nous rentrons au bateau bien chargés à travers un petit chemin bordé d’arbres toujours aussi somptueux. Cet endroit est enchanteur.



 
 
Fête familiale à Affiniam
 
Cérémonie à l'occasion du décès du vieux guerisseur du village
     
 
Pascaline et Joséphine qui nous ont accuellis merveilleusement


Sur le chemin d'Affiniam


Vin de palme récolté sur le palmier
Entrée du jardin maraicher
 
Mandarines
Kumquats
Oranges japonaises


Cueillette des mandarines
Arc et flèches fabriqués avec leurs copains Sénégalais






Nioumoune

Beauté Africaine


Récolte du Riz en Casamance


Mardi 18 décembre

Nioumoune. 20 Milles dans les bolongs et sur la Casamance. 5H30 de navigation


Nous quittons le village d’Affiniam avec regret mais nous avons encore de nombreux villages à voir en Casamance. Nous sommes déjà le 18 et devons quitter le Sénégal le 24 au matin si nous voulons réceptionner Emmanuel au Cap Vert le 28. Nous prévoyons trois jours de navigation pour Praïa (420 milles) et une journée sur place pour nous repérer, faire les formalités d’entrées.
Nous n’hésitons donc finalement pas trop et levons l’ancre ce matin pour Nioumoune. La marée est descendante et va nous pousser tranquillement hors du bolong puis sur la Casamance. Nous finissons notre navigation un peu à contre marée et remontons le bolong de Nioumoune avec le courant favorable de la marée montante. Bien vu !

Nioumoune nous déçoit un peu dès notre arrivée et nous paraît un peu fade par rapport à Affiniam (nous sommes nostalgiques !). Le paysage est moins grandiose. Six bateaux sont en plus déjà au mouillage en face du village dont trois inoccupés, dans un piteux état. C’est déjà beaucoup moins sympa.

Le village nous semble déserté. Quelques enfants jouent ensemble, le nez et les yeux coulants. On suppose qu’ils ont attrapé froid la nuit. Les nuits sont en effet fraîches avec des températures descendant aux alentours de 20°. Glacial pour ici !
Les villageois sont en fait dans les rizières. Le riz se récolte entre mi Novembre et mi Janvier ce qui occupe tout le monde ou presque. Nous nous baladons au milieu des rizières peuplées de nombreux animaux : une multitude d’oiseaux, agneaux, vaches, biquettes, poules et même de petits marcassins. Les enfants comme les grands viennent vers nous rapidement et à la vue de mon appareil champion du monde (merci la DSI Sodexho) nous réclament alors des photos ! Je me régale et en profite pour prendre des portraits sympas.

 

Arrivée à Nioumoune

2 Baobabs entourent un petit fromager au bord d'un Bolong
Nioumoune, Village de Casamance au milieu des rizières
Amine construit sa maison à partir de la terre du village


Mercredi 19 décembre


Nioumoune

Nioumoune est devenu un point de passage pour beaucoup de voiliers en balade en Casamance. Les associations humanitaires y passent aussi quasiment toutes. Ce flux nous semble peut-être un peu travestir ce village. C’est ce qui nous dérange un peu ici.

Denis vient nous rendre visite en pirogue :

-« Kasoumaï » (Bonjour, comment ça va)
- « Kasoumaï Kep » (Bonjour, ça va bien »
-  « Kataboloul » (et les autres de ta famille) 
- « komkoubo » (ils sont là bas)
- «  kadjahibou » (comment tu t’appelles ?)
- «  Kadjahom Bertrand »

Les formules de politesse du Diola rentrent un peu.
Denis vient en fait nous chercher pour nous présenter son village. Nous sautons dans notre annexe et faisons le tour du bolong pour rendre visite aux villageois regroupés dans les rizières. L’accueil y est très bon enfant. Le riz se récolte en chantant, dans la bonne humeur.  Tous se mettent en ordre pour couper les brins d’une parcelle, coordonnés par une femme qui rythme le début et la fin des opérations au sifflet.

Nous sommes cependant dérangés par la saleté des enfants sans trop comprendre une telle différence avec ce que nous avions vu à Affiniam mais aussi par le fait que hommes comme femmes se donnent du courage dans les rizières en abusant largement du vin de palme. Les conditions de vie ici sont aussi beaucoup plus rustiques.


Bouquet de riz une fois récolté

Portrait typique. On est sérieux sur la photo et on éclate de rire immédiatement après

J'aime beaucoup ce portrait de femme

Dans les rizières de Casamance
Portrait de femme agée. Quel sourire!

Retour au village après une longue journée de travail aux champs


Jeudi 20 décembre

Nioumoune

Comme chaque jour, nous allons au village avec les enfants après le CNED en début d’après midi. Chaque personne croisée nous donne l’occasion de faire connaissance. Très rapidement, nous rencontrons Alphonse, jeune professeur de CM1 dans un village voisin, rentré pour les vacances scolaires. Il sera notre guide aujourd’hui. Il nous fait visiter son chez lui, nous présente sa femme, ses enfants, son frère et toute la famille. Il nous explique que Nioumoune est un village animiste, c'est-à-dire fondé sur l’attribution d’une vie ou d’une conscience aux objets, aux animaux et aux phénomènes. Ici, les animaux vivent avec les hommes. Les vaches et taureaux ont leur place dans l’enclos familial et les enfants passent la plus grande partie de leur soirée avec les bovins pour « habiter » leur esprit. Alexandra, Sébastien et Maxime écoutent étonnés. 

 

Seb bien entouré

Fierté du papa
Portrait (la ressemblance avec Ibrahim Ferrer, m'a plu)

Un des 4 Chef du village lors de la récolte du riz


Femmes lavant le linge au bord du bolong
10 paires de chaussettes en train de sécher
Les animaux au centre de la vie du village
Capitaine acheté du jour et qu'il faut préparer en filets

Kachouane

Plage de Kachouane


Bulle d'O au mouillage de Kachouane


Seb en pleine discussion

Max et ses copains




Vendredi 21 Décembre

Kachouane au mouillage


Nous avons quitté Nioumoune ce matin et arrivons à Kachouane le jour de la Tabaski.
Le village est un de ces endroits où l’on se sent bien immédiatement. Plage de sable fin blanc, cocotiers, palmiers, grands fromagers et baobabs, quelques pirogues sur la plage, grandes cases aux toits de paille en arrière plan.
Ce bon feeling est confirmé quand nous débarquons à terre. L’accueil est encore une fois à la hauteur de ce que nous avons connu au sénégal. Les introductions sont faciles.
Bonjour, comment ça va ? Comment tu t’appelles ? Bertrand comment ? Bienvenue à Kachouane…et la conversation part ensuite simplement.

Nous recherchons ici le tailleur que l’on nous avait conseillé à Ziguinchor pour faire faire une tenue à Alexandra. Alexandra avait en effet repéré un modèle sur une de ces « correspondantes » de Bassoul et rêve littéralement d’avoir le même. Nous localisons le tailleur rapidement guidé par une ribambelle d’enfants qui nous entourent en riant joyeusement. Les enfants ici sont tous superbes (contrairement à Nioumoune où la plupart était dans un état de saleté surprenant). Le tailleur s’appelle Moussou. Il nous invite chez lui autour de sa machine à coudre Singer à pédale des années 30. On se met d’accord sur la forme des manches, le décolleté, la robe, les finitions. Moussou va se rendre demain matin dans le village voisin pour acheter la doublure, la fermeture éclair et le ruban. La tenue sera prête demain en fin de journée.
Yaya son grand frère rentré au village pour les fêtes nous invite alors pour partager leur repas de la Tabaski du soir. Cette grande fête musulmane (Aïd el Kebir dans les pays magrébins) réunit toute la famille dans le village natal et est célébrée en sacrifiant un mouton.Tous sont en tenue de fête.
Nous revenons donc à la tombée du jour et passons une soirée magique. Tout est fait pour que nous nous sentions bien. Les enfants sont heureux comme tout de découvrir cela. Pas d’électricité ni eau courante dans le village mais quel générosité. Nous partageons le grand plat à base de couscous, de mouton et de pommes de terre, délicieux.

 


Alexandra toute attentive à la confection de sa robe sénégalaise
Moussou en plein travail

Une mama sénégalaise au sourire radieux avec alexandra

Dieng, notre copain de Kachouane

 

Samedi 22 Décembre

Kachouane au mouillage

La journée est encore une fois géante. Nous sommes ce soir invités chez Cocoye. Sa fille Bintou et Alexandra sont inséparables. 
Ce village est magique. Nous sommes tous les cinq sous le charme. Issah, Dieng, El Hadji et tant d’autres nous entourent avec une approche que je ne croyais plus exister (ou alors dans les îles du pacifique cf les révoltés de la Bounty). Les discussions avec chacun sont passionnantes. La culture et l’histoire africaine y sont très présentes. Petit à petit nous essayons de comprendre, tout en étant malgré tout toujours méfiants et suspects de tant de générosité. Jamais on ne nous demandera un retour, un paiement ou même un petit cadeau. La règle d’or est en fait basée sur un principe simple : prendre son temps et cela nous convient parfaitement.
La journée se termine par un grand match de foot sur un terrain grandeur nature. Ils n’auront cependant pas la gentillesse de me laisser marquer un but, malgré tous les efforts !


En route pour le grand match avec Issah et El Hadji


Partie de foot avec un jeu rapide et un rythme endiablé

Penalty



Dimanche 23 Décembre

Kachouane au mouillage

La robe d’Alexandra est superbe. Elle parade dans le village avec ses copines sénégalaises également en tenue africaine.
Nous déjeuner au « restaurant » tenu par Cocoye. Dieng nous prépare un Canard Yassah délicieux. Ce soir nous invitons Moussou à dîner avec nous sur le bateau. Yaya rentre demain matin sur Kolda ou il travaille et ne peut se joindre à nous.
Issah nous prépare les noix de coco et envoie des enfants en décrocher en haut des cocotiers, Dieng me guide à la source du village pour faire le plein d’eau. Tout va bien.

 
24 heures après le résultat







Alexandra et ses copines qui paradent dans Kachouane
Lissa, Alexandra et Diarrah

Seb et sa noix de coco!

Tout en haut d'un cocotier, pour nous récupérer des noix de cocos que nous dégusterons en mer

Un portrait que j'aime beaucoup

Tout va super super bien pour nous